Mont Blanc

Mont Blanc

Le mont Blanc (en italien : Monte Bianco), dans le massif du Mont-Blanc, est le point culminant de la chaîne des Alpes. Avec une altitude de 4 808 mètres, il est le plus haut sommet d'Europe occidentale et le sixième sur le plan continental en prenant en compte les montagnes du Caucase, dont l'Elbrouz (5 643 mètres) est le plus haut sommet. Il se situe sur la frontière franco-italienne, entre le département de la Haute-Savoie (en France) et la région autonome de la Vallée d'Aoste (en Italie) ; cette frontière est l'objet d'un litige historique entre les deux pays.

Le sommet, objet de fascination dans de nombreuses œuvres culturelles, a depuis plusieurs siècles représenté un objectif pour toutes sortes d'aventuriers, depuis sa première ascension en 1786. De nombreux itinéraires fréquentés permettent désormais de le gravir avec une préparation sérieuse. Afin de déterminer son altitude précise et quantifier l'év...Lire la suite

Le mont Blanc (en italien : Monte Bianco), dans le massif du Mont-Blanc, est le point culminant de la chaîne des Alpes. Avec une altitude de 4 808 mètres, il est le plus haut sommet d'Europe occidentale et le sixième sur le plan continental en prenant en compte les montagnes du Caucase, dont l'Elbrouz (5 643 mètres) est le plus haut sommet. Il se situe sur la frontière franco-italienne, entre le département de la Haute-Savoie (en France) et la région autonome de la Vallée d'Aoste (en Italie) ; cette frontière est l'objet d'un litige historique entre les deux pays.

Le sommet, objet de fascination dans de nombreuses œuvres culturelles, a depuis plusieurs siècles représenté un objectif pour toutes sortes d'aventuriers, depuis sa première ascension en 1786. De nombreux itinéraires fréquentés permettent désormais de le gravir avec une préparation sérieuse. Afin de déterminer son altitude précise et quantifier l'évolution de celle-ci, des géomètres experts font l'ascension périodiquement. La dernière mesure connue, en 2021, est de 4 807,8 mètres.

La montagne maudite
 
Le mont Blanc est en arrière-plan sur le tableau Vue générale de Bonneville peint par Turner.

Au XVIIe siècle, lors du petit âge glaciaire, des processions et exorcismes sont organisés afin de mettre fin à l'avancée de la Mer de Glace qui s'approche dangereusement de Chamouny[1]. Jusqu'au XVIIIe siècle, le massif inspire de la crainte aux habitants de la vallée et ses sommets ne sont parcourus que par quelques chasseurs de chamois et cristalliers[2].

Toutefois, il éveille la curiosité de la bourgeoisie genevoise[2]. Elle se rend au Môle, bien visible au sud-est de la ville, en présence d'Anglais, pour observer le mont Blanc de plus près[3]. Toutefois, en l'absence de cartes décrivant l'organisation interne de cette partie des Alpes, ils sont rapidement désorientés : « Qu'on tire de Genève une ligne passant par le sommet du Môle, la montagne maudite sera située en un point quelconque du prolongement de cette ligne jusqu'à sa rencontre avec la vallée du Rhône, mais, nécessairement, toujours au nord de la vallée de Chamonix au lieu d'être au midi[3]. » Cette erreur perdure pendant un demi-siècle, expliquée ainsi par Charles Henri Durier : « On aperçoit fort bien le mont Blanc des environs de Genève mais en avançant vers les Alpes, on le perd de vue, et les premières sommités couvertes de neige que l'œil retrouve au sortir de Bonneville, ce n'est pas le mont Blanc, ce sont les dents de Morcle et du Midi, c'est le Buet surtout, qui couronne l'extrémité de la vallée, le Buet qui est effectivement au nord de Chamonix dans la directement de Genève au Môle et qu'on a pris pour la haute montagne qu'on avait aperçue de loin... Le peuple de Genève nomma le mont Blanc la montagne maudite, le peuple prit le Buet pour la montagne maudite : les géographes suivirent[3] ! »

Ainsi, Durier explique que le mont Blanc lui-même est identifié trop tardivement pour que des mythes religieux et une symbolique poétique lui soient associés ; il entre directement dans l'ère du rationalisme scientifique[4].

Études et premières tentatives
 
Monument à Horace Bénédict de Saussure à Chamonix.

À partir de 1760, le naturaliste suisse Horace Bénédict de Saussure entreprend une douzaine de voyages à Chamonix pour observer le massif du Mont-Blanc et se focalise sur la conquête de son point culminant[2]. Des tentatives sont effectuées par le scientifique, notamment avec le guide courmayeurin Jean-Laurent Jordaney. Ce dernier, originaire de Pré-Saint-Didier et surnommé « Patience », accompagne Horace Bénédict de Saussure à partir de 1774 sur le glacier du Miage et sur le mont Crammont lorsqu'il décide d'ouvrir une voie au mont Blanc. Après les premières mesures depuis Genève en 1775[5], George Shuckburgh-Evelyn, fraîchement élu à la Royal Society, propose à Saussure, l'année suivante, de l'accompagner au Môle pour peaufiner la mesure de l'altitude du mont Blanc[6] ; il obtient 4 787 mètres[5],[6]. Sur la base de ce résultat, elle sera ramenée en 1840 par le corps des ingénieurs géographes d'abord à 4 799,5 mètres après correction de la planimétrie puis à 4 806,5 mètres après intégration d'un coefficient de réfraction[5].

Dès 1760, Saussure offre une récompense pour la première ascension en pensant ainsi percer le mystère de la formation géologique des Alpes[7]. Il faut cependant attendre le 3 juillet 1775 pour assister à une première tentative sérieuse par quatre guides de la vallée. Ils suivent l'itinéraire des Grands Mulets mais doivent rebrousser chemin épuisés par la chaleur et inquiétés par le mauvais temps menaçant[7],[8]. Une nouvelle tentative a lieu en 1783 par le même itinéraire, également gênée par la réverbération du soleil. À leur retour, ils conseillent à Saussure d’emmener un parasol et du parfum[7]. La même année, Marc-Théodore Bourrit engage ces trois guides et invite Michel Paccard pour une nouvelle tentative vite avortée en raison du mauvais temps[9],[10]. En septembre 1784, Paccard et un guide entreprennent de monter à l'aiguille du Goûter en partant du hameau de Bionnassay mais ils progressent difficilement et doivent redescendre. Quelques jours plus tard, Bourrit fait une tentative par le même itinéraire. Deux de ses guides parviennent à atteindre les rochers Vallot, mais l'arête des Bosses qui les sépare du sommet leur parait trop escarpée[8]. L'année suivante, Saussure organise une grande expédition par le même itinéraire, à laquelle se joignent Bourrit et son fils. Ils progressent sur l'arête de l'aiguille du Goûter mais ils sont finalement bloqués par l'accumulation de neige fraîche. En juin 1786, cinq guides de Chamonix se séparent en deux groupes pour étudier l'accès le plus commode au dôme du Goûter. Trois partent de Chamonix et passent la nuit à la montagne de la Côte. Jacques Balmat, le cristalier, se joint à eux sans y être invité. Deux autres partent de Bionnassay et dorment dans l'abri aménagé par Saussure l'année précédente. Ils se rejoignent au col du Dôme et parviennent jusqu'aux rochers Vallot, mais l'arête des Bosses leur semble impossible à franchir et ils décident de redescendre. Jacques Balmat reste en arrière pour explorer les rochers à la recherche de cristaux. Surpris par la nuit, il est forcé de dormir sur place. Au grand étonnement des habitants de la vallée, Balmat redescend sain et sauf le lendemain.

Premières ascensions

Le 7 août 1786, Jacques Balmat et Michel Paccard se mettent en route, discrètement, et partent bivouaquer en haut de la montagne de la Côte. Le 8 août, ils suivent l'itinéraire des Grands Mulets et parviennent vers 3 h sur le Grand Plateau. De là, ils partent vers l'est et franchissent les pentes raides au-dessus des rochers Rouges Supérieurs[10]. Ils apparaissent alors distinctement depuis la vallée, observés à la lunette par le baron Adolph Traugott von Gersdorf. Ils atteignent les Petits Rouges qu'ils quittent à 5 h 45, puis les Petits Mulets et parviennent au sommet à 6 h 23. Ils y restent 33 minutes puis entament la descente. À 23 h, ils quittent le glacier et s'arrêtent pour dormir. Le lendemain, ils se réveillent à 6 h et poursuivent vers le village. Paccard souffre d'ophtalmie et doit être aidé par Balmat pour le reste de la descente. Au village, Balmat apprend que sa fille est morte le jour où il atteignait le mont Blanc. Cet exploit marque les débuts de l'alpinisme tel qu'on le connaît aujourd'hui.

Presque un an après, Saussure entreprend de monter lui-même au sommet, accompagné de dix-neuf personnes, dont Balmat. Il y parvient le 3 août 1787. Il procède au premier calcul de l'altitude du mont Blanc depuis son sommet. Après un calcul de la moyenne avec trois mesures précédemment effectuées, il annonce comme altitude 2 450 toises, soit 4 775 mètres[5],[6]. De nouvelles mesures de nivellements trigonométriques sont effectuées dans les années 1820, d'abord par Plana et Carlini dans le cadre des opérations austro-piémontaises, parvenant à 4 801,9 mètres corrigés par les ingénieurs géographes en 4 811,6 mètres, puis par le commandant Filhon, avec l'aide des travaux de triangulation du commandant Corabœuf menés vingt-cinq ans plus tôt, obtenant 4 810,9 mètres d'altitude[5].

La première femme à atteindre le sommet est la Chamoniarde Marie Paradis, le 14 juillet 1808. De son propre aveu, elle est « traînée, tirée, portée » par les guides sur la fin de l'ascension. Cette première reste néanmoins un exploit, compte tenu des conditions de l'époque. La seconde ascension féminine est réussie par Henriette d'Angeville, par ses propres moyens, vêtue d'une simple robe, le 4 septembre 1838[11].

Jusqu'en 1827, les ascensionnistes utilisent sensiblement la même voie que Balmat et Paccard en passant du Grand Plateau au sommet par la face Nord au-dessus des rochers Rouges. Le passage du Corridor plus à l'est est ensuite emprunté pour rejoindre l'itinéraire des Trois Monts au niveau du Mur de la Côte[9],[12]. L'arête des Bosses, qui est la voie normale actuelle, n'est parcourue pour la première fois qu'en 1861.

Première controverse alpine

La première ascension est aussi à l'origine de la première controverse alpine, qui a pour conséquence de minimiser fortement le mérite qui revient à Paccard dans cette entreprise[10]. Elle débute par des échanges par voie de presse entre Bourrit et Paccard[13]. Bourrit est en effet le premier à faire le récit de l'ascension et il minimise le rôle de Paccard. Selon lui, Balmat aurait découvert la voie, réalisé toute la montée en tête pour arriver le premier au sommet, puis serait redescendu pour aider Paccard, exténué, à atteindre le sommet ; Paccard n'aurait même pas payé son dû à Balmat. Il conteste cette version et fait signer à Balmat une attestation sous serment avec témoins décrivant le vrai récit de l'ascension. Pressé par Saussure et von Gersdorf, Bourrit est forcé d'édulcorer quelque peu son récit. Mais il est bien plus influent que Paccard auprès des éditeurs Genévois, et Paccard ne réussit pas à publier son récit de l'ascension. C'est la version de Bourrit qui est largement reprise pendant plus d'un siècle.

La première ascension de Balmat et Paccard est par ailleurs largement éclipsée par celle de Saussure un an plus tard, qui reste 4 h 30 au sommet et qui publie son récit dans Relation abrégée d’un voyage à la cime du Mont Blanc[14]. La controverse est relancée par Alexandre Dumas : en 1832, cinq ans après la mort de Paccard, il dîne avec Balmat qui fait un récit encore plus à son avantage de l'ascension de 1786. Dumas publie ce récit dans son livre Impressions de Voyage en Suisse[15] qui assied la légende de Balmat, conquérant du mont Blanc, et relègue dans l'oubli la participation de Paccard. Pour preuve, la statue érigée à Chamonix en 1887, à la gloire de Balmat et Saussure. Il faut attendre 1986 pour que la statue en l'honneur de Paccard soit érigée.

Ce récit à la gloire exclusive de Balmat est remis en question par des membres de l'Alpine Club. En 1860, Edward Whymper pose ainsi la question « Qui est le docteur Paccard ? »[16]. Ils reconstituent notamment le récit perdu du docteur Paccard[9]. De nos jours encore, les récits de cette première ascension historique sont influencés par les versions de Bourrit et Dumas.

Premier accident mortel et création des compagnies de guides
 
La caravane du Dr Bardy en 1880.

Le premier accident mortel a eu lieu en 1820, lors de la dixième ascension[17]. Cette expédition a été rapportée par Alexandre Dumas qui en a recueilli le récit détaillé auprès du guide Marie Coutet, rescapé de l'expédition[18] : les clients sont le colonel anglais Joseph Anderson et le docteur Joseph Hamel, météorologue de l'empereur de Russie. Paul Verne évoque l'événement dans son récit Quarantième ascension au Mont Blanc[19]. Après deux nuits et une journée passées aux Grands Mulets, les clients exigent de monter au sommet malgré une météo défavorable et les guides, au nombre de treize, n'osent refuser. La caravane progresse avec de la neige fraîche jusqu'aux genoux. Les alpinistes progressent en file indienne, leur trace coupe la plaque à vent et déclenche une avalanche qui les emporte. Les trois guides de tête tombent dans une crevasse deux cents mètres plus bas et périssent. Leurs restes sont retrouvés en 1861, en bon état de conservation, au bas du glacier des Bossons.

Toutefois, la peine et la consternation poussent les guides à s'unir l'année qui suit le drame. Le 9 mai 1823, un manifeste de la chambre des députés de Turin, approuvé par Charles-Félix de Savoie, rend officielle la création de la Compagnie des guides de Chamonix. Les articles prévoient que le voyageur est conduit sur les montagnes par des guides de première classe qui ont l'expérience et le contact nécessaires. La seconde classe est constituée par des guides de moindre expérience qui travaillent surtout comme porteurs ; enfin une troisième catégorie, celle des aspirants-guides apprenant le métier[17]. En 2018, la Compagnie compte dans ses rangs plus de 220 membres professionnels, guides et accompagnateurs en moyenne montagne[20].

Créée en 1850[21], la Société des guides de Courmayeur est fondée sur le versant valdôtain, devenant ainsi la première d'Italie[22] et la deuxième au monde après la Compagnie des guides de Chamonix. Le chef de file a été Jean-Laurent Jordaney, originaire de Pré-Saint-Didier. Il accompagne, entre autres, Horace Bénédict de Saussure à partir de 1774 sur le glacier du Miage et sur le mont Crammont lorsqu'il décide d'ouvrir une voie au mont Blanc, et l'Anglais Thomas Ford Hill au col du Géant en 1786[23].

Tracé de la frontière
 
« Point de vue italien » : l'Atlas sarde de 1869.

Selon qu'on consulte une carte éditée en France ou en Italie, on ne lit pas le même tracé de la frontière au sommet du mont Blanc : sur les cartes italiennes, le sommet est un point de la ligne séparant les deux États, et est donc binational ; en revanche, les cartes françaises font apparaître une bande de terre française approximativement triangulaire qui pointe vers le sud au niveau du mont Blanc : selon ces cartes, le sommet du massif serait donc entièrement en France, la frontière passant par le mont Blanc de Courmayeur. Les cartes nationales suisses[24], couvrant aussi tout le massif, montrent de manière neutre les deux territoires contestés autour du mont Blanc ainsi qu'autour du dôme du Goûter (ceci après avoir suivi les conventions françaises jusqu'en 2018). Les tenants et aboutissants de cette situation sont liés à l'existence d'une frontière à travers le massif qui remonte à l'annexion de la Savoie par la France, donc à 1860, régie par le traité de Turin et ses protocoles annexes[25].) La « carte au 1/50 000 de la frontière de la Savoie depuis le mont Grapillon, du côté suisse, jusqu’au mont Thabor où la limite de la Savoie rejoint la frontière de la France » annexée à la convention de Turin (annexe III) fait clairement passer la frontière par la calotte sommitale du mont Blanc. Très tôt néanmoins, à partir de 1865, les cartes françaises présentent une nouvelle version du tracé : la carte topographique d'état-major du capitaine Jean-Joseph Mieulet fait en effet apparaître le triangle de terres françaises qui figure jusqu'à aujourd'hui sur les cartes éditées du côté français. Les cartes italiennes, notamment l'Atlas sarde de 1869 font, elles, état du tracé passant par le sommet.

 
« Point de vue français » : la carte du capitaine Mieulet de 1865.

Côté français, un arrêté du 21 septembre 1946 partage le secteur du dôme du Goûter et du mont Blanc entre les trois communes de Saint-Gervais-les-Bains, Les Houches et Chamonix-Mont-Blanc. Cet arrêté adopte l'interprétation du tracé frontalier des cartes d'état-major françaises et divise d'ailleurs le triangle litigieux au sud du mont Blanc entre les deux communes de Chamonix et de Saint-Gervais. Des pièces analysées par un érudit italien montrent que la préparation de cet arrêté a été étudiée jusqu'au niveau ministériel (une note datée du 5 juin 1946 et établie par le ministère des Affaires étrangères français y a été consacrée).

Sur la fin du XXe siècle, la question est évoquée à plusieurs reprises dans des articles ou ouvrages érudits, particulièrement du côté italien, qui soutiennent que le tracé figurant sur les cartes françaises est sans fondement juridique. La question ayant attiré la curiosité du grand public (elle est même relayée officiellement par le député du val d'Aoste Luciano Caveri dans une question à la chambre), les autorités italiennes font valoir en 1995 leur position aux autorités françaises par un mémoire, à l'occasion des travaux d'une commission chargée de fournir un tracé plus précis de la frontière. La France s'étant abstenue d'y répondre et le gouvernement italien n'ayant pas appuyé avec véhémence sa revendication, la situation perdure aujourd'hui encore et ne semble pas définitivement tranchée par la présentation de pièces nouvelles[26].

Travaux et legs des Vallot
 
Observatoire du mont Blanc en 1890, d’après une photographie de M.J. Vallot.

Les premières véritables études scientifiques du sommet du mont Blanc sont conduites sur commande du botaniste, météorologue et glaciologue Joseph Vallot à la fin du XIXe siècle. Ce dernier veut séjourner plusieurs semaines dans le voisinage du sommet pour y étudier la météorologie, l'accumulation de neige à haute altitude et la physiologie du mal des montagnes. Il fait procéder, à ses frais, à la construction en bois de son premier observatoire. Mais il s'aperçoit très rapidement que le travail scientifique n'est pas compatible avec l'accueil des alpinistes. C'est pourquoi il fait construire, à proximité, le refuge Vallot[27].

À partir de 1892, l'ingénieur Henri Vallot, avec l'aide de son cousin Joseph, se lance dans la réalisation d'une carte au 1:20 000 du massif du Mont-Blanc[28]. Quelques décennies avant lui, vers le milieu du siècle, James David Forbes, Alphonse Favre et Eugène Viollet-le-Duc avaient respectivement effectué quelques relevés et mesuré l'altitude du sommet[5],[29]. Ce travail considérable, effectué sans l'aide de moyens modernes (hélicoptères, avions et satellites), n'est achevé qu'après la mort des deux cousins par Charles Vallot, le fils d'Henri, qui lance par ailleurs la collection du guide Vallot, réputée parmi les alpinistes.

Peu avant de mourir, Joseph Vallot confie l'observatoire à A. Dina qui — avec sa fondation — y développe un projet d'observatoire astronomique. Il est ensuite légué par sa veuve, madame Shillito, à la France qui le confie à l'Observatoire de Paris[30]. Puis, en 1973, le CNRS devient gestionnaire des deux observatoires de Chamonix[30]. En 1975, l'observatoire d'altitude est alors transmis au laboratoire de géophysique et de glaciologie de l'environnement (LGGE), alors que l’observatoire de Chamonix devient un « camp de base » pour les chercheurs du CNRS[30].

 
Le refuge Vallot actuel.

Ce refuge non gardé du Club alpin français n'est plus destiné qu'à la survie des alpinistes, en cas de mauvais temps. L'observatoire Vallot, situé une cinquantaine de mètres plus bas, n'est pas un refuge. Confié par le CNRS à l'Institut des géosciences de l’environnement, il est régulièrement utilisé par des scientifiques qui y mesurent les retombées des aérosols atmosphériques, pratiquent des forages sur le site du col du Dôme et étudient la physiologie en haute altitude.

En mars 2013, l'observatoire est mis en vente, avant annulation le 29 août 2013 de la vente par le ministre du Budget, à la demande du Centre de recherches sur les écosystèmes d'altitude (CREA) et de divers acteurs mobilisés pour qu'on tienne compte d'une condition émise par Joseph Vallot dans son legs à l'État : l'usage scientifique du bâtiment. Un autre appel d’offres est lancé, incluant cette servitude d'usage scientifique qui doit rester attachée au lieu. La mairie de Chamonix et le CREA proposent de racheter le site qui serait consacré à la science[30]. Finalement, en 2016, la mairie de Chamonix se porte acquéreur de l'observatoire[31].

Observatoire Janssen

En 1891, Jules Janssen, académicien des sciences, envisage la construction d'un observatoire au sommet pour y effectuer des mesures sur le spectre solaire. Gustave Eiffel accepte de procéder à l'exécution du projet, à condition de pouvoir construire sur une fondation rocheuse et que celle-ci soit au plus à 12 mètres de profondeur. Des explorations préliminaires sont lancées pour trouver un point d'ancrage sous la direction de l'ingénieur suisse Imfeld, qui fore deux tunnels horizontaux de 23 mètres de long à 12 mètres sous la calotte sommitale. Il ne rencontre aucun élément rocheux, ce qui entraîne l'abandon du projet d'Eiffel[32].

L'observatoire est malgré tout construit en 1893 ; il repose sur des vérins destinés à compenser les éventuels mouvements de la glace. Le tout fonctionne peu ou prou jusqu'en 1906, quand le bâtiment commence à pencher sérieusement. La manœuvre des vérins permet de compenser l'assiette. Mais, trois ans plus tard, deux après la mort de Janssen, une crevasse s'ouvre sous l'observatoire qui est abandonné. Il disparaît dans les glaces et seule la tourelle est sauvée in extremis[32]. La construction de l'observatoire est à la base de la légende des trois pruneaux telle que la rapportait Blaise Cendrars dans Les Confessions de Dan Yack.

Naufragés de 1956 et création du peloton de gendarmerie de haute montagne

En décembre 1956, deux jeunes alpinistes, Jean Vincendon, un jeune parisien de 24 ans, et François Henry, un jeune belge de 22 ans, ont comme projet l'ascension hivernale du mont Blanc par l'éperon de la Brenva. Ils ont bien préparé leur expédition mais ils vont se heurter à une succession de malchances et de mauvais choix qui leur seront fatals, d'autant plus que la période de mauvais temps prolongée est exceptionnelle[33]. Ils partent le 22 décembre 1956. Au début de leur montée, les conditions météo se détériorent et les alpinistes décident de renoncer, lorsqu'ils croisent sur les pentes un de leurs héros, l'Italien Walter Bonatti. Cette rencontre va les inciter à reprendre leur ascension, mais la tempête qui s'installe les bloque sur un sérac en bordure du Grand Plateau[33].

Un long calvaire de cinq jours commence pour les deux jeunes alpinistes, suivis aux jumelles depuis le sommet du Brévent et à la longue-vue depuis Chamonix. Plus de deux cents journalistes accourent de France et de Belgique pour couvrir l'événement. Les professionnels de la montagne déclarent le 26 décembre : « On ne va pas risquer nos vies pour ces imprudents ! Vouloir faire la Brenva en hiver est pure folie ». Lionel Terray organise une caravane de secours sans l'accord des guides de Chamonix. Cependant, profitant d'une brève accalmie, un hélicoptère Sikorsky S-58 de l'armée française, avec deux pilotes et deux sauveteurs secouristes, tente de les sauver mais s'écrase. Lionel Terray choisit de secourir en priorité l'équipage de l'hélicoptère vers le refuge Vallot. Avant de partir, il transfère les deux jeunes alpinistes dans la carlingue de l'appareil, leur donne de la nourriture et de la benzédrine pour les aider à ne pas s'endormir[33]. Mais la tempête s'installe et toute nouvelle expédition est rendue impossible. De leur côté, les autorités rechignent à engager des moyens militaires importants pour sauver les deux jeunes imprudents alors que le contingent est engagé dans la guerre d'Algérie. Le 3 janvier 1957, les autorités déclarent la fin des opérations de secours. Cette affaire vaudra à Lionel Terray son exclusion de la Compagnie des guides de Chamonix et va secouer le monde de la montagne car « elle reste le symbole d'un manquement, celui de la communauté des guides, qui a failli au devoir sacro-saint du secours »[34].

Finalement, le 20 mars 1957, la caravane de secours découvre les corps des deux alpinistes dans l'hélicoptère[33]. La Compagnie des guides de Chamonix est montrée du doigt, pourtant les guides avaient à plusieurs reprises déjà tiré la sonnette d'alarme en soulignant que « toujours plus d'amateurs alpinistes c'était aussi toujours plus d'accidents » et qu'ils ne pouvaient plus faire face. La polémique qui s'ensuit et les tergiversations des autorités civiles et militaires sont à l'origine de la professionnalisation des secours et de la création du PGHM (Peloton de gendarmerie de haute montagne). En 1958, les autorités décident de la création d'une organisation professionnelle de secours en montagne confiée à la gendarmerie et aux CRS sous l'autorité du préfet. Le premier groupe constitué d'une douzaine de gendarmes est installé à Chamonix le 2 octobre 1958[35].

Exploits
 
Le mont Blanc en juillet 2005.

Le 15 juillet 1865, George Spencer Mathews, Adolphus Warburton Moore, Horace Walker, Franck Walker, Melchior Anderegg et Jakob Anderegg réussissent la première ascension du mont Blanc par l'éperon de la Brenva. Le 31 janvier 1876, la première ascension hivernale est effectuée par l'Anglaise Isabella Straton, avec les guides Jean Charlet-Straton, Sylvain Couttet et le porteur Michel Balmat[36]. En 1892, Laurent Croux, Émile Rey et Paul Güssfeldt réalisent la traversée du mont Blanc par l'éperon de la Brenva[37].

Le 11 février 1914, Agénor Parmelin est le premier aviateur à survoler le massif en se maintenant pendant un quart d'heure à 5 540 mètres d'altitude, lui permettant de passer entre le sommet et le mont Blanc de Courmayeur[38].

En août 1919, Adolphe Rey effectue la première remontée intégrale de l'arête de l'Innominata, avec S.-L. Courtauld, E.G. Oliver, Adolf Aufdenblatten et Henri Rey. En février 1929, Marguette Bouvier effectue la première descente à skis par −40 °C, avec le guide Armand Charlet. En 1953, Arturo Ottoz et Toni Gobbi réussissent la première hivernale de la voie Major.

Le 23 juin 1960, l'aviateur Henri Giraud se pose sur le sommet du mont Blanc sur un « terrain » de 30 mètres de long[39].

En 1965, Alessio Ollier et Camille Salluard réalisent la première hivernale de la voie de la Poire, itinéraire particulièrement dangereux. En 1972, Morand parcourt la distance entre le refuge du Goûter et le sommet en moto. Le 24 juin 1973, Sylvain Saudan effectue la première descente à ski de la face sud-ouest.

 
Vue aérienne du sommet du mont Blanc depuis l'est.

Le 1er juillet 1986, Dominique Jacquet et Jean-Pascal Oron atterrissent en parachute sur le sommet après un largage à 6 500 mètres établissant ainsi le premier record mondial.

Entre 1986 et 1988, une série de records est établie au départ de Chamonix-Mont-Blanc : le 6 août 1987 le Grenoblois Laurent Smagghe amène le record aller-retour à 6 h 47 min 19 s, Pierre Lestas le porte à 6 h 22 le 13 juillet 1988, Laurent Smagghe arrive ensuite en 6 h 15 le 26 juillet 1988, le 28 juillet 1988 Jacques Berlie améliore le record en l'établissant à 5 h 37 min 56 s[40],[41]. Le 5 août 1988 Laurent Smagghe reprend le record en 5 h 29 min 30 s[42] puis deux ans plus tard, le 21 juillet 1990 Pierre André Gobet fixe le record à 5 h 10 min 44 s[43],[44].

Le 13 août 2003 à 13 h 30, sept parapentistes français réalisent une première en se posant au sommet du mont Blanc[45] : cinq d'entre eux sont partis de Planpraz à 1 900 mètres d'altitude, de l'autre côté de la vallée de Chamonix, un autre est parti de Rochebrune à Megève et le dernier de Samoëns. Ils profitent de conditions climatiques dues à la canicule qui leur permettent de réaliser leur exploit en passant par l'aiguille du Tricot (3 600 mètres), puis profitant de thermiques exceptionnels, de monter jusqu'à 5 200 mètres.

Le 11 juillet 2013, le Catalan Kílian Jornet réalise l'ascension au départ de Chamonix-Mont-Blanc en 3 h 30 et 4 h 57 min 40 s aller-retour[43],[44]. Le 6 juillet 2016, il réalise l'ascension du mont Blanc deux fois dans la même journée en moins de douze heures : départ des Houches à 5 h 30, ascension par la voie normale (via le refuge du Goûter), atteinte du sommet à 9 h 50 puis descente côté italien via le refuge Gonella et le glacier de Miage puis remontée pour atteindre le sommet une deuxième fois à 15 h 20[46]. Le 12 août 2021, l'Espagnol Manuel Merillas effectue l'aller-retour au départ de Courmayeur en 6 h 35 min 32 s[47].

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