Tikal

Tikal (ou Tik’al, selon l’orthographe maya moderne) est l'un des plus grands sites archéologiques et centres urbains de la civilisation maya précolombienne. Situé dans le département du Petén (qui constitue aujourd'hui le nord du Guatemala), le site fait partie du parc national de Tikal du Guatemala, créé le 26 mai 1955. En 1979, il a été inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Tikal était la capitale d'un État conquérant, qui fut l'un des royaumes les plus puissants des anciens Mayas,. Bien que l'architecture monumentale du site remonte jusqu’au IVe siècle av. J.-C., Tikal n’atteignit son apogée qu’au cours de la période classique (entre 200 et 900 de notre ère). À cette époque, la ville dominait politiquement, économiquement et mil...Lire la suite

Tikal (ou Tik’al, selon l’orthographe maya moderne) est l'un des plus grands sites archéologiques et centres urbains de la civilisation maya précolombienne. Situé dans le département du Petén (qui constitue aujourd'hui le nord du Guatemala), le site fait partie du parc national de Tikal du Guatemala, créé le 26 mai 1955. En 1979, il a été inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Tikal était la capitale d'un État conquérant, qui fut l'un des royaumes les plus puissants des anciens Mayas,. Bien que l'architecture monumentale du site remonte jusqu’au IVe siècle av. J.-C., Tikal n’atteignit son apogée qu’au cours de la période classique (entre 200 et 900 de notre ère). À cette époque, la ville dominait politiquement, économiquement et militairement une grande partie de la région maya, tout en interagissant avec d’autres régions de toute la Mésoamérique (comme la grande métropole de Teotihuacan, dans la lointaine vallée de Mexico), et il est prouvé que Tikal fut conquise par Teotihuacan au IVe siècle de notre ère. Après la fin de la période classique tardive, aucun nouveau monument important n’a été construit à Tikal, et les palais de l'élite ont été brûlés. Ces événements se sont déroulés parallèlement au déclin démographique progressif, culminant avec l'abandon du site à la fin du Xe siècle.

Tikal est l’une des grandes cités mayas des basses terres les mieux connues, grâce à la transcription d’une longue liste de rois (dont on a découvert la plupart des tombes), ainsi que par leurs sculptures monumentales, leurs temples et leurs palais.

Période préclassique

Sur le site, il existe des traces d'agriculture ancienne remontant jusqu’à 1000 av. J.-C., à la période préclassique Moyenne[1]. Une cache de céramiques datant des environs de 700–400 av. J.-C. a été trouvée dans une chultun scellée, une chambre de dépôt souterraine en forme de bouteille[2].

Les plus gros travaux de construction à Tikal avaient déjà été réalisés à l’époque de la période préclassique tardive, d'abord aux environs de 400–300 av. J.-C., notamment la construction des grandes pyramides et des plates-formes, bien que la ville soit encore dépassée par les sites situés plus au nord, comme El Mirador et Nakbé[1],[3]. À ce moment, Tikal participait à la diffusion de la culture Chikanel qui dominait le centre et le nord des zones mayas à cette époque - une région qui comprenait la totalité de la péninsule du Yucatán, y compris le nord et l'est du Guatemala et du Belize[4].

Deux temples datant de fin de l'époque Chikanel avaient une superstructure de murs en maçonnerie qui étaient peut être des voûtes en encorbellement, même si cela n'a pas été prouvé. L’un d’entre eux présentait sur les murs extérieurs des peintures élaborées représentant des personnages humains sur un fond de volutes, peintes en jaune, noir, rose et rouge[5].

Au Ier siècle de notre ère de riches sépultures firent leur apparition et Tikal a connu un épanouissement politique et culturel alors que ses voisins géants du Nord étaient en déclin[1]. À la fin de la période préclassique tardive, l'art d’Izapa et le style d'architecture de la côte Pacifique ont commencé à influencer Tikal, comme le démontre une sculpture brisée provenant de l’Acropole et les premières peintures murales de la cité[6].

Période classique ancienne

C’était à Tikal que la royauté dynastique était la plus profondément enracinée parmi toutes les cités mayas des basses terres. Selon les textes hiéroglyphiques plus tardifs, la dynastie a été fondée par Yax Ehb Xook, peut-être au cours du Ier siècle apr. J.-C.[7]. Au début de la période classique ancienne, la puissance maya était concentrée à Tikal et Calakmul, au cœur du pays maya[8].

Tikal a peut être profité de l'effondrement des grands États de la période préclassique comme El Mirador. À la période classique ancienne, Tikal s’est rapidement développée pour devenir la ville la plus dynamique de la région maya, stimulant ainsi le développement d'autres villes mayas situées à proximité[9].

La cité, cependant, a souvent été en guerre et les inscriptions retracent les alliances et les conflits avec les États mayas, comme Uaxactun, Caracol, Naranjo et Calakmul. La première partie de la période classique ancienne a vu se développer les hostilités entre Tikal et son voisin Uaxactun, puisqu’Uaxactun a rapporté la capture de prisonniers de Tikal[10].


Tikal et Teotihuacan  La grande métropole de Teotihuacán, dans la Vallée de Mexico semble être intervenue résolument dans la vie politique de Tikal.

Le quatorzième roi de Tikal a été Chak Tok Ich'aak I (Grande Patte de Jaguar)[11]. Chak Tok Ich'aak a construit un palais qui a été préservé et développé par les rois suivants jusqu'à ce qu'il devienne le noyau de l'Acropole centrale[12]. On connait peu de choses sur Chak Tok Ich'aak en dehors du fait qu'il a été tué le 15 janvier 378 apr. J.-C. Le même jour, Siyaj K'ak' (connu sous le sobriquet de «Grenouille fumante» avant le déchiffrement de son nom) est arrivé de l'ouest, après avoir traversé El Perú, un site situé à l'ouest de Tikal, le 8 janvier[11]. Sur la stèle 31, il est désigné comme le Seigneur de l'Occident[13]. Siyaj K'ak' était probablement un général étranger au service d’un personnage désigné par un hiéroglyphe non-maya représentant un propulseur (atlatl) à côté d’un hibou, un glyphe qui est bien connu dans la grande métropole de Teotihuacan de la lointaine vallée de Mexico. «Propulseur-Hibou» pourrait même avoir été le roi de Teotihuacan. Ces événements consignés suggèrent fortement que Siyaj K'ak' a conduit une expédition de Teotihuacan qui a défait le roi indigène de Tikal, qui aurait été capturé et exécuté immédiatement[14]. Siyaj K'ak' semble avoir été aidé par une faction politique puissante à l’intérieur même de Tikal[15]; à peu près au moment de la conquête, un groupe d'indigènes originaires de Teotihuacan résidaient apparemment près du complexe du monde perdu[16]. Il a également exercé son autorité sur d'autres villes de la région, y compris Uaxactun, où il devint roi, mais n'a pas gardé pour lui le trône de Tikal[1],[17]. Au bout d’un an, le fils de «Propulseur-Hibou» a été installé comme quinzième roi de Tikal sous le nom d’Yax Nuun Ayiin I («Premier Crocodile»), alors qu'il était encore un enfant, et intronisé le 13 septembre 379[17],[18]. Il a régné pendant 47 ans comme roi de Tikal et est resté le vassal de Siyaj K'ak' aussi longtemps que celui-ci a vécu. Il semble probable qu'Yax Nuun Ayiin I ait pris une femme issue de la dynastie précédente de la Tikal vaincue, et donc acquis ainsi la légitimité de régner pour son fils, Siyaj Chan K'awiil II[17].

Río Azul, un petit site situé à 100 km au nord de Tikal, a été conquis par cette dernière pendant le règne de Yax Nuun Ayiin I. Le site est devenu un avant-poste de Tikal, se soustrayant ainsi à l’influence de villes hostiles, situées plus au nord, et est également devenu une étape commerciale vers les Caraïbes[19].

Bien que les nouveaux dirigeants de Tikal soient étrangers, leurs descendants ont été rapidement mayanisés. Tikal est devenu le principal allié et partenaire commercial de Teotihuacán dans les basses terres mayas. Après avoir été conquis par Teotihuacán, Tikal a rapidement dominé le nord et l'est du Petén. Uaxactun et les petites villes de la région ont été absorbées par le royaume de Tikal. D'autres sites, tels que Bejucal et Motul de San José près du lac Petén Itzá sont devenus des vassaux de leur voisin plus puissant du nord. Vers le milieu du Ve siècle Tikal contrôlait un territoire principal qui s’étendait au moins sur 25 km dans toutes les directions[16].

Tikal et Copán

Au Ve siècle l'influence de la ville s'est fait sentir au sud jusqu'à Copán, dont le fondateur K'inich Yax K'uk 'Mo' était clairement lié à Tikal[12]. Copán elle-même n'était pas située dans une région d'ethnie maya et la fondation de la dynastie de Copán est probablement consécutive à une intervention directe de Tikal[20]. K'inich Yax K'uk' Mo' est arrivé à Copán en décembre 426 et l'analyse des os de son squelette montre qu'il a passé son enfance et sa jeunesse à Tikal[21]. Un individu connu sous le nom d’Ajaw K'uk' Mo' (seigneur K'uk' Mo') est mentionné dans un texte remontant aux origines de Tikal et il pourrait bien s’agir de la même personne[22]. Sa tombe possédait des caractéristiques évoquant Teotihuacán et il a été représenté dans les portraits plus tardifs, vêtu de l'habit de guerrier de Teotihuacán. Les textes hiéroglyphiques se réfèrent à lui comme au Seigneur de l'Occident, un peu comme pour Siyah K'ak[21]. Dans le même temps, à la fin de 426, Copán a fondé le site voisin de Quiriguá, peut-être parrainé par la cité de Tikal elle-même[20]. La création de ces deux centres a pu faire partie d'une poussée expansive tendant à imposer l'autorité de Tikal sur la partie sud-est de la région maya[23]. L'interaction entre ces sites et Tikal s’est accentuée au cours des trois siècles qui ont suivi[24].

Tikal et Calakmul

La rivalité séculaire entre Tikal et Calakmul a pris naissance au VIe siècle, chacune des deux villes formant son propre réseau d'alliance, tous deux mutuellement hostiles et s’affrontant dans ce qui a été assimilé à une longue guerre entre les deux superpuissances mayas. Les rois de ces deux capitales ont adopté le titre de kaloomte', un terme qui n'est pas facilement traduisible, mais signifie quelque chose comme roi des rois[25].

Au début du VIe siècle a régné sur la ville une reine, connue seulement sous le sobriquet de Dame de Tikal, et qui était très probablement une fille de Chak Tok II Ich'aak. Elle semble n’avoir jamais exercé le pouvoir de plein droit, mais plutôt en partenariat avec des coprinces de sexe masculin. Le premier d'entre eux était Kaloomte' B'alam, qui semble avoir eu une longue carrière comme général de Tikal, avant de devenir roi associé, le 19e dans l'ordre dynastique. La Dame de Tikal elle-même semble ne pas avoir été prise en compte dans la numérotation dynastique. Il semble qu'elle ait plus tard régné avec le seigneur Griffe d’Oiseau, qui est présumé être le 20e roi, inconnu par ailleurs[26].

Les inscriptions font état de nombreuses alliances et conflits avec d'autres cités-États mayas, comme Uaxactun, Caracol, Naranjo ou Calakmul. Le royaume de Calakmul était devenu la cité rivale de Tikal. Pour parvenir à leur fin, les souverains de Calakmul cherchèrent à conclure des accords avec les royaumes alliés à Wak Chan K'awiil, obtenant le ralliement de la plupart des membres de sa confédération. Cette stratégie isola Tikal et la rendit vulnérable aux attaques.

Tikal finit par succomber à une attaque en 562 et connut un long déclin. Plus aucune stèle n'y fut érigée au cours des 130 années suivantes.

Période classique tardive Hiatus de Tikal

L'expression hiatus de Tikal se réfère à la période comprise entre la fin du VIe et la fin du VIIe siècle et désigne la grave crise qui s'est abattue sur la ville, marquée par l’absence d’érection de nouvelles stèles et la mutilation volontaire généralisée des sculptures publiques[27]. Cette rupture dans l'activité de Tikal fut longtemps inexpliquée, jusqu’à ce que les déchiffrements épigraphiques plus récents permettent d’apporter la preuve que la période avait été initiée par la défaite complète de Tikal face aux troupes de Calakmul et à la puissance politique de Caracol en l'an 562, une défaite qui semble avoir donné lieu à la capture et au sacrifice du roi de Tikal[1]. L’Autel 21 de Caracol, bien que très abîmé, rapporte cette défaite désastreuse. Il semble que Caracol était alliée à Calakmul dans son conflit avec l’alliance de Tikal, dont la défaite a eu un impact durable sur la ville[12]. Tikal n'a pas été mise à sac, mais sa puissance et son influence ont été anéanties[28]. Après sa grande victoire, Caracol s’est développée rapidement et une partie de la population de Tikal a peut être été déplacée de force dans la cité des vainqueurs. Au cours de la période de l'hiatus, au moins un dirigeant de Tikal s’est réfugié auprès de Janaab' Pakal à Palenque, une autre victime de Calakmul[29]. Calakmul elle-même a prospéré pendant la longue période de l'hiatus de Tikal[30].

Le début de l'hiatus de Tikal a servi de marqueur pour les archéologues qui s’en servent généralement pour diviser la période classique de la chronologie méso-américaine en période classique ancienne et période classique tardive[31].

Tikal et Dos Pilas

En 629, Tikal a fondé Dos Pilas, à quelque 110 km au sud-ouest, dans le but de constituer un avant-poste militaire afin de contrôler le commerce le long du cours du Río de la Pasión[32]. B'alaj Chan K'awiil fut installé sur le trône du nouvel avant-poste à l'âge de quatre ans, en 635 et pendant de nombreuses années a servi comme loyal vassal de combat son frère, le roi de Tikal[33]. Environ vingt ans plus tard Dos Pilas a été attaqué par Calakmul et sévèrement battu. B'alaj Chan K'awiil a été capturé par le roi de Calakmul, mais, au lieu d'être sacrifié, il a été rétabli sur son trône comme vassal de son ancien ennemi[34], avec qui il attaqua Tikal en 657, ce qui obligea Nuun Ujol Chaak, alors roi de Tikal, à abandonner temporairement la ville. Les deux premiers rois de Dos Pilas ont continué à utiliser Mutal, le glyphe emblème de Tikal, et ils ont probablement considéré qu'ils avaient un droit légitime sur le trône de Tikal elle-même. Pour une raison quelconque, B'alaj Chan K'awiil n'a pas été installé comme nouveau roi de Tikal, mais est resté à Dos Pilas. Tikal lança une contre-attaque contre Dos Pilas en 672, ce qui conduisit B'alaj Chan K'awiil à s’exiler pendant cinq ans[35]. Calakmul essaya alors d'encercler Tikal au milieu d'une zone dominée par ses alliés, comme El Péru, Dos Pilas et Caracol[36].

Renouveau de Tikal

En 682, Jasaw Chan K'awiil a érigé à Tikal le premier nouveau monument depuis 120 ans et a pris le titre de kaloomte, mettant ainsi fin à l'hiatus. Il a lancé un programme de nouvelles constructions et renversé les rôles avec Calakmul en 695, en capturant le roi ennemi, plongeant ainsi l'État vaincu dans une longue période de déclin dont il ne se remettrait jamais. Jasaw Chan K'awiil choisit pour célébrer sa victoire une date symbolique, le 14 septembre 695, c'est-à-dire 13 katunob ou 256 ans après la mort de "Hibou-Propulseur", le seigneur de la prestigieuse cité de Teotihuacan. À partir du VIIe siècle, il n'y a plus aucune présence active de Teotihuacán dans aucun site maya et le centre de Teotihuacán a été brûlé entre 550 et 650. Même après cet événement, Jasaw Chan K'awiil s'est encore fait représenter en tenue de guerre de Teotihuacan, armé d'un propulseur, sur le linteau 2 du Temple I La victoire est aussi évoquée par un autre célèbre linteau du Temple I, représentant Jasaw Chan K'awiil assis sur un palanquin, ainsi qu'une effigie de Yajaw Maan, une divinité tutélaire de Calakmul capturée par les gens de Tikal[37]. Après cela, Calakmul n’a plus jamais érigé de monument célébrant une victoire militaire[29]. Cette défaite de Calakmul a redonné à Tikal la prééminence sur la région maya centrale, mais sans jamais rétablir son hégémonie sur le sud-ouest du Petén, où Dos Pilas a maintenu sa présence.

Jasaw Chan K'awiil I et son héritier Yik'in Chan K'awiil ont poursuivi les hostilités contre Calakmul et ses alliés et imposé un contrôle rigoureux sur la région entourant Tikal, étendant leur territoire jusqu’aux environs du Lac Petén Itzá. Ces deux rois ont été en grande partie à l’origine de l'architecture impressionnante visible de nos jours[38].

En 738 Quiriguá, un vassal de Copán, allié clé de Tikal dans le sud, renversa les alliances pour faire allégeance à Calakmul, défaire Copán et obtenir son indépendance[20]. Il semble que ce fut le résultat d’une offensive délibérée de Calakmul pour provoquer l'effondrement des alliés de Tikal dans le sud[39]. Cela a bouleversé l'équilibre des pouvoirs dans le sud de la région maya et conduit à un déclin irrémédiable de la puissance de Copán[40].

Au VIIe siècle, les souverains de Tikal collectèrent des monuments dans toute la ville et les installèrent en face de l'Acropole Nord[41]. À la fin du VIIe siècle et au début du IXe siècle, l'activité de Tikal a ralenti. Des bâtiments impressionnants ont encore été construits, mais il existe peu d’inscriptions hiéroglyphiques se référant à des rois plus récents[38].

Fin de la période classique

Au IXe siècle, la crise de l’effondrement de la civilisation maya classique a balayé la région, la population s’est effondrée et les villes, l’une après l’autre, ont été désertées[42]. La multiplication des guerres, déjà endémiques dans la région maya a fait que Tikal a dû supporter une forte concentration de population réfugiée près de la ville elle-même, entrainant un développement de l’agriculture intensive, avec pour conséquence une dégradation de l'environnement[43]. Les constructions ont continué au début du siècle, avec l'érection du Temple 3, la dernière des grandes pyramides de la ville et l'érection de monuments pour marquer le 19e K'atun en 810[44]. Le début du 10e Bak'tun en 830 n’a pas été célébré, et il marque le début d'une interruption de 60 années, résultant probablement de l'effondrement du pouvoir central dans la ville[45]. Au cours de cet hiatus, des sites satellites traditionnellement sous le contrôle de Tikal ont commencé à ériger leurs propres monuments célébrant les rois locaux et utilisant le glyphe-emblème Mutal, alors que Tikal n'avait apparemment plus l'autorité ou le pouvoir de s’opposer à ces manifestations d'indépendance[38]. En 849, il est mentionné sur une stèle à Seibal que Jewel K'awiil a visité cette ville en tant que seigneur divin de Tikal, mais son nom n'est pas inscrit ailleurs et la grande puissance de Tikal n’était plus qu'un souvenir à ce moment. Les sites d’Ixlu et de Jimbal avaient alors hérité de l’exclusivité du glyphe-emblème Mutal[45].

Alors que Tikal et son arrière-pays atteignaient un pic de population, la zone a souffert de déforestation, d’érosion et de perte de ressources alimentaires, phénomènes suivis d'un rapide déclin démographique. Tikal et ses environs immédiats semblent avoir perdu la plus grande partie de leur population au cours de la période allant de 830 à 950 et le pouvoir central semble s’être effondré rapidement[46],[47]. À Tikal, il n'existe pas beaucoup de preuves que la ville ait été directement touchée par la guerre endémique qui ravagea une partie de la région maya lors de la Période classique récente, même si un afflux de réfugiés de la région du Petexbatun pourrait avoir aggravé les problèmes résultant déjà des ressources limitées de l'environnement[48].

 Le noyau du site vu du sud, avec le Temple I au centre, l'Acropole nord à gauche et l’Acropole Centrale à droite.

Dans la seconde moitié du IXe siècle, il y a eu une tentative de faire revivre le pouvoir royal de la ville de Tikal en déclin, comme en témoigne une stèle érigée sur la Grande Place par Jasaw Chan K'awiil II en 869. Ce fut le dernier monument érigé à Tikal avant que la ville tombe finalement dans le silence. Les anciens satellites de Tikal, comme Jimbal et Uaxactun, n'ont pas duré beaucoup plus longtemps, puisqu’ils ont érigé leurs derniers monuments en 889. À la fin du IXe siècle, la plus grande partie de la population de Tikal avait déserté la ville, ses palais royaux étaient occupés par des squatters et de simples habitations en chaume ont été érigées sur les places d'honneur de la ville. Les squatters ont bloqué certaines portes dans les pièces qu’ils ont réoccupées dans les structures monumentales du site et les déchets abandonnés comprenaient un mélange d'ordures ménagères et d’objets non utilitaires tels que des instruments de musique. Ces habitants ont réutilisé les monuments antérieurs pour leurs propres activités rituelles très éloignées de celles de la dynastie qui les avait érigées. Certains monuments ont été vandalisés et certains ont été transférés à de nouveaux endroits. Avant son abandon final, tout respect pour les anciens rois avait disparu, les tombes de l’Acropole Nord étant fouillées à la recherche du jade et les tombes les plus faciles à trouver pillées. Après 950, Tikal fut complètement désertée, bien qu’un reliquat de population ait peut-être survécu dans des huttes en matériaux périssables dispersées parmi les ruines. Même ces derniers habitants avaient abandonné la ville au cours des Xe siècle ou XIe siècle et la forêt a englouti les ruines pendant les mille années qui ont suivi. Une partie de la population de Tikal pourrait avoir migré vers la région des Lacs du Peten, qui est restée fortement peuplée, en dépit d'une chute du niveau de population dans la première moitié du IXe siècle[46],[45],[48].

La cause la plus probable de l'effondrement de Tikal est la surpopulation et la diminution de la production agricole. Des analyses de génétique moléculaire et géochimique révèlent une grave contamination des réservoirs d'eau potable de la ville qui ont pu être la cause de l'abandon du site. Sont pointés l’utilisation du cinabre, couleur rouge sang, dans les teintures, l'ornementation architecturale et dans les pratiques rituelles qui aurait pu ruisseler vers les réservoirs[49]. La chute de Tikal a été un coup dur pour le cœur de la civilisation maya classique, la ville ayant été à la pointe de la vie de cour, de l’art et de l’architecture pendant plus de mille ans, avec l’ancienne dynastie régnante[50].

Des travaux de Kohler et coll.[51] ont montré que cette cité avait atteint des niveaux insoutenables d'inégalités sur la fin de son existence.

Histoire moderne  Illustration d'un temple de Tikal par Eusebio Lara, réalisée lors de la première exploration officielle du site.

En 1525, le conquistador espagnol Hernán Cortés est passé à quelques kilomètres des ruines de Tikal, mais ne l’a pas mentionné dans ses lettres[52].

Comme c'est souvent le cas avec d'énormes ruines antiques, la connaissance du site n'a jamais été complètement perdue dans la région. Il semble que la population locale n'ait jamais oublié Tikal et les habitants ont guidé les expéditions du Guatemala vers les ruines dans les années 1850[53]. Certains récits de deuxième ou de troisième main sur Tikal sont apparus en version imprimée à partir du XVIIe siècle, suivis des écrits de John Lloyd Stephens au début du XIXe siècle (Stephens et son illustrateur Frederick Catherwood avaient entendu des rumeurs au sujet d'une ville perdue, avec des bâtiments blancs dont les sommets dominaient la jungle, au cours de leur voyage dans la région en 1839-40).

Néanmoins, bien que connues des indigènes, du fait de leur éloignement des villes modernes, les ruines de Tikal ne furent explorées officiellement pour la première fois qu'en 1848 par le gouverneur du Département du Petén Ambrosio Tut accompagné du colonel Modesto Mendez. Ils étaient accompagnés d’un artiste, Eusebio Lara, qui réalisa des croquis. Leur rapport fut publié en Allemagne en 1853[54]. En 1877, un médecin et naturaliste suisse, Gustave Bernoulli, visita les sites et expédia en Suisse les plus beaux linteaux en bois des Temples I et IV. Ils sont conservés au Musée des cultures de Bâle. Plusieurs autres expéditions ont par la suite exploré, cartographié et photographié Tikal au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Les premiers archéologues ont commencé à étudier les ruines dans les années 1880[53]. En 1881 et 1882, Alfred Maudslay commença à dégager le site de la végétation tropicale qui le recouvrait et entreprit un travail de documentation publié dans l'encyclopédie «Biologia Centrali Americana». Teobert Maler travailla à Tikal pour le compte du Peabody Museum en 1895 et 1904.

En 1951, une petite piste d'atterrissage a été construite près des ruines[55], qu’on ne pouvait atteindre auparavant, qu’après un voyage de plusieurs jours à travers la jungle à pied ou à dos de mulet. En 1956, le projet Tikal a commencé à cartographier la ville sur une échelle encore inconnue dans la région maya[56]. De 1956 à 1970, d'importantes fouilles archéologiques ont été effectuées par le Projet Tikal de l’université de Pennsylvanie[57]. Il a permis de cartographier une grande partie du site, de fouiller et de restaurer de nombreuses structures[53]. Les fouilles dirigées par Edwin Shook et plus tard par William Coe de l'université ont étudié l'Acropole Nord et la Place Centrale de 1957 à 1969[58]. Le projet Tikal a répertorié plus de 200 monuments du site[53].En 1979, le gouvernement guatémaltèque a démarré un nouveau projet de fouilles, qui a continué jusqu'en 1984[57].

Le cinéaste George Lucas a utilisé Tikal comme décor dans son premier film Star Wars, Star Wars, épisode IV : Un nouvel espoir, sorti en 1977[59],[60]. Les ruines servant de toile de fond à la base rebelle de Yavin.

Le temple I de Tikal a été représenté au dos du billet de 50 centavos du Quetzal guatémaltèque[61].

Tikal est aujourd'hui une attraction touristique majeure entourée de son propre parc national[53]. Un musée du site a été construit à Tikal ; il a été achevé en 1964[62].

Le temple II fut gravement endommagé lors des célébrations mayas du 21 décembre 2012 relatives à la fin du compte long[63].

En 2018, 60 000 structures inexplorées ont été révélées par des archéologues avec l'aide du Lidar. Grâce aux nouvelles découvertes, certains archéologues pensent que 7 à 11 millions d'habitants des peuples mayas habitaient dans le nord du Guatemala pendant la période classique tardive de 650 à 800 apr. J.-C. Le Lidar a supprimé numériquement la canopée des arbres pour révéler des vestiges anciens et a montré que les villes mayas comme Tikal étaient plus grandes qu'on ne le pensait auparavant. Le projet a été cartographié auprès de la Réserve de biosphère maya, dans la région du Petén au Guatemala[64],[65],[66],[67],[68],[69],[70],[71],[72],[73],[74].

Les ruines de Tikal font partie des Sites du patrimoine mondial de l'Humanité et peuvent être visitées par le public.

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