Sidi Bou Saïd

سيدي بوسعيد

( Sidi Bou Saïd )

Sidi Bou Saïd (arabe : سيدي بو سعيد ) est un village de Tunisie situé à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Tunis. Il compte 5 911 habitants selon le recensement de 2014.

Perché sur une falaise dominant Carthage et le golfe de Tunis, il s'élève à 130 mètre du niveau de la mer et porte le nom d'un saint : Sidi Bou Saïd.

Les Carthaginois puniques (de Mégara[1]) puis les Romains auraient utilisé les hauteurs de l'actuel Sidi Bou Saïd pour y établir une tour à feu. Une mosaïque de six mètres sur cinq et des monnaies datant de l'époque d'Auguste prouvent d'ailleurs l'existence ancienne d'une villa romaine. Dans l'Antiquité, le village est surnommé Cap Carthagena (promontoire de Carthage)[2].

Apres la conquête arabe au VIIe siècle et la chute de Carthage, ce promontoire garde sa position stratégique par la construction d'un fortin (ribat) et d'un phare[3].

Au XIe siècle, Léon l'Africain décrit un « village prospère à l'arboriculture diversifiée »[2].

Au XIe siècle, les hauteurs du village sont choisies par les Almoravides pour la défense des côtes nord-est de la Tunisie. Des tours de guet et des tours à feu y sont construites. Elles donnent d'ailleurs l'appellation de la colline : Djebel El Manar (« Montagne du feu » ou « du phare »)[2].

Abou Saïd Khalaf Ibn Yahya el-Tamimi el-Béji (1156-1231), alias Sidi Bou Saïd, enseigne dans la rue qu'il habite à Tunis et qui a depuis conservé son nom. Vers la fin de sa vie, il se retire sur le djebel Menara, dans le ribat construit sur la colline dominant le cap Carthage, pour monter la garde et y enseigner le soufisme. Considéré comme un soufi authentique, il est alors surnommé « maître des mers » à cause de la protection que les marins naviguant à proximité du site pensent recevoir[2]. Il meurt en 1231 et est enterré sur la colline. Au XVIIIe siècle, Hussein Ier Bey (1705-1740) construit la mosquée actuelle où il aménage la zaouïa du saint, qui constitue sans doute le premier élément du village qui prendra son nom[4]. Des traces archéologiques repérées sur le versant nord laissent penser qu'un mur d'enceinte contourne alors le site. De nos jours, la vénération du saint reste vivace[2].

Dès le XVIIe siècle, le charme de ce village séduit la bourgeoisie tunisoise et la famille beylicale husseinite qui y font construire des demeures luxueuses de style arabo-musulman telles que Dar Dellagi, Dar Mohsen, Dar Thameur, Dar Arif, Dar Lasram, Dar Debbagh, Dar Chérif, Dar Bahri, le palais Naceur Bey, etc[5].

 
Centre du village en 1889.
 
Plan de classement du site de Carthage.

Le village reçoit le nom de Sidi Bou Saïd lorsqu'il devient le siège d'une municipalité en 1893[6]. Le 28 août 1915, un décret est pris pour assurer la protection du village, imposant le bleu de Sidi Bou Saïd[7] et le blanc si chers au baron d'Erlanger, et interdisant toute construction anarchique sur le promontoire[8],[2], faisant de Sidi Bou Saïd le premier site classé au monde.

Sidi Bou Saïd est rattaché au site de Carthage, classé patrimoine mondial par l'Unesco en 1979. Toutefois, les consignes de l'Unesco cèdent devant l'urbanisation qui se développe depuis Sidi Bou Saïd jusqu'à La Malga et Salammbô ; les connexions électriques et téléphoniques aériennes dénaturent par ailleurs le paysage. De plus, la municipalité ne parvient pas à maîtriser le développement du souk du village.

Jusqu'en 1825, le village de Sidi Bou Saïd est interdit aux non-musulmans[2]. À partir de cette date, Sidi Bou Saïd attire nombre d'artistes, musiciens et écrivains, dont Chateaubriand, Gustave Flaubert, Paul Klee, August Macke, Alphonse de Lamartine, Georges Duhamel, Jean Duvignaud, Max-Pol Fouchet, André Gide, Colette et Simone de Beauvoir. Michel Foucault y rédige L'Archéologie du savoir.

Le 12 janvier 2013, la zaouïa de Sidi Bou Saïd est incendiée ; elle avait subi des menaces de la part de salafistes[9]. Des travaux de restauration et d'aménagement sont entrepris par la suite[10].

Quartier de l'ancienne Carthage ; l'un des plus célèbres incipits de la langue française est celui de Salammbô de Gustave Flaubert : « C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar ». ↑ a b c d e f et g Azzouz et Massey 1992. « Palais Ennejma Ezzahra », sur ennejmaezzahra-tunisie.org (consulté le 4 juillet 2021). Ibn Abi Dhiaf, Présent des hommes de notre temps : chronique des rois de Tunis et du Pacte fondamental, vol. II, Tunis, Maison tunisienne de l'édition, 1990, p. 127. Jacques Revault, Palais et résidences d'été de la région de Tunis (XVIe – XIXe siècles), Paris, Éditions du Centre national de la recherche scientifique, coll. « Études d'antiquités africaines », 1974, 628 p. (ISBN 2-222-01622-3, lire en ligne), p. 442. « Histoire de la ville de Sidi Bou Saïd »(Archive.org • Wikiwix • Archive.is • Google • Que faire ?), sur commune-sidibousaid.gov.tn. Le baron d'Erlanger fait imposer ce célèbre bleu de Sidi Bou Saïd mais cette couleur ne correspond pas à la vérité historique selon Azzouz et Massey 1992, p. 22. Paul Sebag, Tunis : histoire d'une ville, Paris, L'Harmattan, 1998, 685 p. (ISBN 978-2-7384-6610-5, lire en ligne), p. 454. « Le mausolée de Sidi Bousaid totalement incendié », sur tuniscope.com, 12 janvier 2013 (consulté le 4 mai 2019). « Tunisie-Patrimoine : le mausolée de Sidi Bou Said sera ré-ouvert lundi à l'occasion du nouvel an de l'hégire », sur kapitalis.com, 2 novembre 2013 (consulté le 4 mai 2019).
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