Contexte de Afghanistan

L'Afghanistan (en pachto et en dari : افغانستان, Afġānistān), en forme longue l'émirat islamique d'Afghanistan (en pachto : د افغانستان اسلامي امارات, Də Afġānistān Islāmī Amārat ; en dari : امارت اسلامی افغانستان, Imârat-i Islâmī-yi Afġânistân), est un pays d'Asie du Sud ou d'Asie centrale sans accès à la mer entouré par l'Ouzbékistan au nord, la Chine et le Tadjikistan au nord-est, le Pakistan à l'est-sud-est, l’Iran à l'ouest et le Turkménistan au nord-ouest.

Carrefour de l'Asie, ce pays constituait, dans l'Antiquité, un point de passage important sur la route de la soie et pour les conquérants qui souhaitaient prendre le contrôle de l'Inde :...Lire la suite

L'Afghanistan (en pachto et en dari : افغانستان, Afġānistān), en forme longue l'émirat islamique d'Afghanistan (en pachto : د افغانستان اسلامي امارات, Də Afġānistān Islāmī Amārat ; en dari : امارت اسلامی افغانستان, Imârat-i Islâmī-yi Afġânistân), est un pays d'Asie du Sud ou d'Asie centrale sans accès à la mer entouré par l'Ouzbékistan au nord, la Chine et le Tadjikistan au nord-est, le Pakistan à l'est-sud-est, l’Iran à l'ouest et le Turkménistan au nord-ouest.

Carrefour de l'Asie, ce pays constituait, dans l'Antiquité, un point de passage important sur la route de la soie et pour les conquérants qui souhaitaient prendre le contrôle de l'Inde : Cyrus le Grand, Alexandre le Grand, Gengis Khan, l'empereur Babur, etc. Cette région est aussi le noyau de vastes empires comme l'Empire bactrien, l'Empire kouchan ou encore l'Empire ghaznévide. L'expansion de l'islam y a commencé dès la fin du VIIe siècle. C'est à la suite de l'effondrement du royaume perse afcharide que l'Afghanistan devient une entité souveraine, en 1747, sous le commandement du général Ahmad Shah Durrani, devenu la même année premier padichah du pays.

À la suite de la seconde guerre anglo-afghane, les Britanniques privent l'Afghanistan de certains territoires mais s'engagent à ne pas s'immiscer dans les affaires intérieures de la partie restante. Le pays devient ainsi un État tampon entre l'empire britannique et la Russie de 1879 à 1919, demeurant indépendant sur le plan de la politique intérieure. En 1919, à la suite de la troisième guerre anglo-afghane, le pays retrouve le contrôle de sa politique étrangère avec le traité de Rawalpindi,, et rejoint en 1921 la Société des Nations.

À partir de la fin des années 1970, l'Afghanistan connaît plusieurs décennies de guerres ininterrompues qui causent la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes. En 1979, les troupes soviétiques interviennent militairement en Afghanistan et assassinent le président Hafizullah Amin. Une longue guerre oppose ensuite les Soviétiques et les forces communistes afghanes aux moudjahidines, armés et soutenus par le Pakistan, les États-Unis, la Chine et l'Iran. Les forces soviétiques se retirent du pays en 1989 et le gouvernement communiste de Mohammad Najibullah est renversé en 1992. L'État islamique d'Afghanistan est alors instauré, mais une nouvelle guerre civile oppose rapidement les différentes factions moudjahidines. Le mouvement taliban émerge alors en 1994, sous la direction du mollah Omar, et profite de ces divisions pour prendre le pouvoir à Kaboul en 1996. Une partie du territoire demeure cependant sous le contrôle des moudjahidines de l'Alliance du Nord, qui poursuivent la lutte contre les talibans. Fin 2001, le régime taliban est défait par une coalition internationale menée par les États-Unis, en raison de son refus de livrer le chef d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden, responsable des attentats du 11 septembre 2001. Les forces de l'Alliance du Nord reprennent le pouvoir et forment en 2004 la république islamique d'Afghanistan, de type présidentiel, dirigée par un président aux pouvoirs étendus mais contrôlés par un Parlement bicaméral. Pendant vingt ans, les talibans poursuivent cependant une longue guérilla, que les forces du gouvernement afghan et de la FIAS ne parviennent pas à réduire. En 2021, les États-Unis retirent leurs troupes d'Afghanistan et les talibans mènent une offensive à travers tout le pays. Le gouvernement que les États-Unis soutenaient militairement s'effondre. Le , les talibans reprennent le pouvoir à Kaboul sans combats, vingt ans après en avoir été chassés.

Plus à propos Afghanistan

Informations de base
  • Devise Afghani (depuis 2002)
  • Indicatif d'appel +93
  • Domaine Internet .af
  • Mains voltage 240V/50Hz
  • Democracy index 2.85
Population, Area & Driving side
  • Population 15500000
  • Zone 652230
  • Côté conduite right
Historique
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    Bouddha assis en méditation. Gandhara. Empire kouchan, Ier – IIIe siècle.

    Les Afghans sont d'origine Indo-Iranienne, quelle que soit leur langue actuelle (Pachto, Dari).

    L'Afghanistan, considéré comme un carrefour de l'Asie centrale, a une histoire mouvementée. À travers les âges, le territoire désormais connu sous le nom d'« Afghanistan » a dominé la région puis a été occupé à son tour par l’Empire perse, par Alexandre le Grand, Gengis Khan, et l’URSS. Son emplacement géographique sur les routes commerciales a profité aux nombreux royaumes qui se sont succédé sur ce territoire et en fait encore un enjeu stratégique majeur au début du XXIe siècle.

    Après l’effondrement des royaumes grecs et un bref contrôle exercé par l’empereur Ashoka, le peuple Yuezhi, avec à sa tête le chef Kujula Kadphisès s’empare du pays et se taille un gigantesque empire : l’Empire kouchan. Son territoire s’étendait de l’Iran actuel jusqu’en Inde, probablement plus loin que Delhi, et de la mer d'Arabie jusqu’à la mer d'Aral. Pour beaucoup d’historiens, c’est grâce à cet Empire kouchan et plus précisément à son empereur Kanishka Ier que le bouddhisme a pu s’étendre jusqu’en Chine, en Corée et au Japon par les voies commerciales et non par des conquêtes militaires.

    Les Afghans ont mené de nombreuses batailles contre les envahisseurs, notamment au cours du XIXe siècle pour combattre l'ingérence occidentale britannique. Ces derniers ont notamment subi en Afghanistan des défaites marquantes, en particulier celles de Gandamak, en 1842[1], où le 44e régiment britannique fut totalement anéanti et de Maiwand, en 1880, où le 66e régiment n’a compté que quelques survivants. L'Afghanistan est avec le Siam et le Japon le seul pays d'Asie à avoir tenu tête aux puissances coloniales européennes. Son histoire et sa création comme État tampon entre les possessions de l’Angleterre et de la Russie ne se comprend pas sans une analyse géopolitique du « Grand Jeu » entre ces puissances, réactivé au début du XXIe siècle dans un contexte de contrôle des routes pétrolières et gazières.

    Depuis 1900, treize dirigeants ont été déposés, renversés ou assassinés :

    1919 : Habibullah Khan est assassiné pendant une partie de chasse ; 1929 : Amanullah Khan doit fuir devant une révolte populaire ; 1929 : Son frère Inayatullah règne trois jours avant d’abdiquer ; 1929 : Habibullah Ghazi, dit « Bacha e Saqao », prend le pouvoir avant d'être chassé et exécuté ; 1933 : Mohammed Nadir Chah est assassiné ; 1973 : Mohammed Zaher Chah est déposé à la suite d'un coup d'État ; 1978 : Mohammad Daoud Khan, qui avait pris le pouvoir en 1973, est assassiné à la suite d’un coup d’État pro-communiste[2] ; 1979 : Nour Mohammad Taraki est assassiné par son Premier ministre et rival Hafizullah Amin ; 1979 : Hafizullah Amin est renversé et tué à la suite d’un coup d’État soutenu par l’Union soviétique ; 1986 : Babrak Karmal, contesté par des révoltes populaires armées, est poussé à la démission par les Soviétiques ; 1992 : Mohammad Najibullah est déposé et le régime communiste s'effondre ; 1996 : Les talibans[a] prennent Kaboul et assassinent l'ex-président Mohammad Najibullah ; 2021 : Les talibans prennent Kaboul et le président Ashraf Ghani quitte Kaboul.Histoire antique et médiévale

    Convoité par de nombreuses puissances tant régionales que mondiales, l’Afghanistan se trouve sur le chemin de l’Inde lorsque Perses, Grecs, Moghols, ou Turcs tentent d’en prendre le contrôle. Inversement, l’Afghanistan est sur le chemin des empereurs indiens comme Ashoka, dans leur volonté d’expansion vers l’ouest.

     
    Ménandre Ier est le plus remarquable des rois indo-grecs qui succèdent en Afghanistan, au Pakistan et en Inde du nord à la dynastie gréco-bactrienne.

    L'archéologie de l'Afghanistan a révélé la présence de populations depuis la préhistoire[3]. Des relations ont pu être établies entre les cultures du chalcolithique afghan et les cultures chalcolithiques du Baloutchistan pakistanais. Plus tard une civilisation dite de l'Hilmand (seconde moitié du IVe millénaire - première moitié du IIIe millénaire) prouve par ses productions artisanales l'étendue et la diversité de ses relations avec le plateau iranien, l'Asie centrale et surtout la bordure occidentale du monde indien. Le site de Mundigak (surtout entre 3000 et 2500 av. J.-C.), sur 50 ha, en est un témoin significatif. Il est en relation étroite avec un site du Sistan iranien, fondé 3 300 ans av. J.-C. : Shahr-i Sokhta dépasse 100 ha, le travail du lapis-lazuli et de l'albâtre y sont le signe d'une vie florissante. Des échanges révélateurs s'instaurent avec les premières cultures qui précèdent l'apparition de la civilisation de la vallée de l'Indus. Le développement de celle-ci entraine une réorientation complète des échanges commerciaux : Mundigak et de nombreux autres sites disparaissent alors.

    Parallèlement, l’Afghanistan a également été le centre de nombreux pouvoirs forts, d'origine grecque sous le royaume gréco-bactrien, bouddhiste sous l’Empire kouchan, turque du Turkestan afghan (la région nord de l'Afghanistan) sous le règne des empereurs Ghaznévides comme Mahmoud de Ghazni qui conquiert, depuis sa capitale Ghazni (sud de l’Afghanistan), la Perse et l’Inde du Nord. L’Afghan Muhammad Ghûrî, de la dynastie des Ghûrides (originaire de la région de Ghûr ou Ghor, au centre de l’actuel Afghanistan) conquiert à son tour la totalité de l’actuel Afghanistan et l’Inde du nord, où on le considère comme le fondateur du Sultanat de Delhi (en réalité fondé après son passage par un de ses lieutenants turcs, Qûtb ud-Dîn Aibak).

     
    Kandahar en 1640.

    La région va souffrir au XIIIe siècle du passage des Mongols de Gengis Khan, qui vont détruire des cités prospères comme Balkh et Bâmiyân et massacrer ses habitants. Après une période de décadence sous de petites principautés qui dominent l’actuel Afghanistan, en 1370, Timur Lang – Tamerlan par les occidentaux – un Turc originaire d’Asie centrale se débarrasse de son beau-frère, s'autoproclame émir dans la cité de Balkh et se lance à la conquête du monde en installant sa capitale à Samarcande (dans l’actuel Ouzbékistan) et fonde l’empire des Timurides. Son fils Shah Rukh Mirza transfère le siège de l’empire à Hérat (dans l’ouest afghan). Cette ville connaît son âge d’or sous le règne du sultan Husayn Bayqara au XVe siècle, avec le développement de l’art timuride, de la littérature et de la connaissance, et devient la capitale impériale et le centre de la connaissance et de la civilisation. En 1510, l’empire Timuride est détruit par l’Ouzbek Mohammad Chaybani. Un prince local timuride de Ferghana, Babur, chassé de son trône par ses oncles et installé à Kaboul, fonde alors un petit royaume autour de Kaboul et Kandahar. Depuis Kaboul, il se lance à la conquête de l’Inde, où il chasse le sultan afghan Ibrahim Lodî du trône de Delhi. Babur fonde la dynastie appelée baburide, connue sous le nom des Grands Moghols de l’Inde. L'Afghanistan, disputé entre les Grands Moghols de l’Inde et les Séfévides de Perse, connaît une période mouvementée. En 1707, le prince afghan de Kandahar, Mirwais Khan Hotaki, de la tribu pachtoune de Ghalzaï, chasse les Perses hors de sa région, et son fils Mahmoud Hotaki repousse les Perses, puis envahit leur pays. Il se fait couronner Shahanshah (roi des rois) à Ispahan, la capitale des Séfévides, par l’empereur déchu des Perses qui lui remet sa couronne et son épée en 1722. En 1739, un Turkmène persan s’autoproclame roi sous le nom de Nader Chah Afshar chasse les Afghans et envahit de nouveau le pays et l'Inde du nord.

    L’islamisation

    Au cours de l'expansion arabe et de la conquête de l'Irak, à la suite d'une contre-attaque des Sassanides de Perse en 634 (ou 631/632, Bataille du pont), les premières armées arabo-musulmanes défient leur puissant voisin lors de la bataille d'al-Qadisiyya. La déroute des Sassanides ouvre la voie à l'armée musulmane, qui finit par absorber le vaste empire dont l’Afghanistan était partie intégrante. L’islamisation de l’essentiel du pays prendra plus de 200 ans. La résistance légendaire des shahs de Kaboul, encore bouddhistes[précision nécessaire], la retarde considérablement. La région du Nouristan est la dernière région du pays à se convertir à l’islam : les Nouristanis ne sont majoritairement musulmans que depuis le XIXe siècle, soit plus de 1 200 ans après les toutes premières conquêtes arabes.

    Après l’installation définitive de l’islam en Afghanistan, celui-ci ne s’est plus étendu par l'action des Arabes, mais surtout par celle des Turcs comme l’empereur Mahmoud de Ghazni, puis de l’Afghan Muhammad Ghûrî. Quant à l’islamisation de l’Inde, le chef militaire afghan Sher Shah Suri y joue un grand rôle alors qu'il est suzerain à Sasaram. Il est notamment à l’origine de la Grand Trunk Road, également connue sous le nom de la Grande marche. Cette route relie le Bengale à Delhi, traverse le Pakistan et se prolonge jusqu'en Afghanistan via la Passe de Khyber. Le tombeau du suzerain, appelé aussi le deuxième Taj Mahal en Inde, figure sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO.

    Histoire moderne Les Hotaki et les Durrani
     
    Étendue de l'Empire durrani à son apogée sous Ahmad Shah.

    En 1709, Mirwais Hotak, chef de la tribu pachtoune des Ghilzai, se révolte contre les Séfévides et se taille un royaume indépendant dans la région de Kandahar. Après sa mort, son fils Mahmoud envahit la Perse. Il bat les Séfévides à Gulnabad, entre à Ispahan et se proclame roi de Perse en 1722. La domination afghane sur la Perse ne dure que quelques années : dès 1729, Nader Shah reconquiert Ispahan après la bataille de Damghan.

    Kandahar, dernier bastion des Hotaki, est prise par Nader Shah en 1738, qui rétablit ainsi l'autorité perse en Afghanistan. Il s'appuie sur les Abdalis, tribu pachtoune rivale des Ghilzai, et place un prince de cette tribu, Ahmad Khan, à la tête d'un régiment de troupes afghanes durant son invasion de l'Empire moghol. Lorsque Nader Chah est assassiné, en 1747, Ahmad Khan est élu roi des Afghans par la loya jirga et adopte le titre de Durr-i-Durrân, « perle des perles ». Le nom de Durrani reste associé à sa dynastie et à la tribu des Abdalis en général. Il fonde ainsi l'Empire durrani, considéré par l'historiographie comme le premier État afghan[4].

    Bénéficiant d'une situation géopolitique favorable, Ahmad Shah Durrani peut étendre son empire aux dépens des Perses comme des Moghols. À son apogée, son autorité s'étend du Khorassan à l'ouest au Cachemire à l'est, et de l'Amou-Daria au nord à la mer d'Arabie au sud. Sa grande victoire sur les Marathes à Panipat en 1761, lui assure la domination sur le nord-ouest de l'Inde, mais il ne peut s'y maintenir face à la montée en puissance des Sikhs, qui prennent le contrôle de Lahore en 1767[5].

    L'Empire durrani ne survit pas longtemps à la mort d'Ahmad Shah, en 1772. Son fils Timour Shah, en butte à l'hostilité des tribus pachtounes, tente de s'appuyer sur les élites urbaines tadjikes et qizilbash et transfère sa capitale de Kandahar à Kaboul en 1775[4]. Il s'avère incapable d'empêcher le déclin de la dynastie, et après sa mort, en 1793, ses nombreux fils se disputent la succession, chacun étant soutenu par une ou plusieurs tribus pachtounes et gouvernant un territoire réduit autour de l'une des grandes forteresses du pays. Kaboul passe ainsi successivement entre les mains de Zaman Shah (1793-1801), Mahmoud Shah (1801-1803), Shah Shuja (1803-1809) et de nouveau Mahmoud Shah (1809-1819)[6].

    Affaibli par ces querelles intestines, l'Empire durrani perd ses territoires périphériques. À l'ouest, l'Empire kadjar conquiert le Khorassan et menace Hérat ; au nord, l'émirat de Boukhara étend son autorité sur les tribus ouzbèkes du nord de l'Hindou Kouch ; au sud, le khanat de Kalat se libère de la tutelle afghane ; à l'est, l'Empire sikh prive les Durranis de leurs riches provinces indiennes[4]. C'est de cette période que date le premier contact entre l'Afghanistan et l'Empire britannique : craignant les visées de Napoléon sur l'Inde, les Britanniques envoient un émissaire, Mountstuart Elphinstone, négocier une alliance défensive avec Shah Shuja en 1809[4].

    L'émirat d'Afghanistan au XIXe siècle, un pion dans le « Grand Jeu »

    Les premières décennies du XIXe siècle sont marquées par l'ascension des Barakzaï, une branche des Durranis qui font et défont les derniers empereurs de la dynastie. Un membre de cette famille, Dost Mohammad, s'impose à Ghazni en 1819 avant de prendre le contrôle de Kaboul en 1826 grâce au soutien des Qizilbash. Il ne prend pas le titre de shah, mais seulement d'émir. Il s'oppose à Ranjît Singh, le souverain sikh du Pendjab, qui occupe Peshawar en 1823 et accueille à sa cour l'ancien souverain durrani Shah Shuja[7].

     
    Le dernier carré du 44e régiment d'infanterie d'Essex à Gandamak.

    Les visées de Dost Mohammad sur le nord de l'Inde inquiètent les Britanniques, tout comme l'arrivée à Kaboul de Jan Witkiewicz, premier ambassadeur de l'Empire russe, en 1837. Ils envahissent l'Afghanistan en 1839 pour rétablir Shah Shuja sur le trône et faire du pays un État tampon contre l'avancée russe en Asie centrale. La première guerre anglo-afghane se solde par un désastre pour les Britanniques : de nombreuses révoltes éclatent contre le shah, coordonnées par Dost Mohammad, puis par son fils Wazir Akbar, et le corps expéditionnaire britannique est anéanti durant sa retraite hors de Kaboul à la bataille de Gandamak (janvier 1842). Après une expédition punitive qui aboutit à la destruction du bazar de Kaboul au mois d'octobre, les Britanniques quittent l'Afghanistan, laissant Dost Mohammad reprendre le pouvoir[8].

    Ayant conclu une alliance avec les Britanniques en 1855, Dost Muhammad dirige ses ambitions territoriales dans d'autres directions. Il repousse les frontières septentrionales de l'émirat jusqu'à l'Amou-Daria et conquiert Kandahar, Konar et Hérat. À sa mort, en 1863, l'Afghanistan est à peu près réunifié[9]. Une querelle de succession oppose trois de ses fils jusqu'en 1868, lorsque Sher Ali s'impose grâce au soutien financier britannique. Son règne est marqué par une série de réformes inspirées par le penseur Djemâl ad-Dîn al-Afghâni : création d'un embryon de gouvernement, refonte du système fiscal, développement de l'industrie, fondation de la première école publique du pays, naissance du premier journal afghan, Shams al-nahâr (« Le soleil du jour »)[4].

    La seconde guerre anglo-afghane éclate en 1878. Elle est le fruit de la rivalité entre les empires russe et britannique en Asie centrale, un « Grand Jeu » dans lequel l'Afghanistan est un pion crucial. Malgré leur victoire à Maiwand (27 juillet 1880), les Afghans, écrasés à Kandahar (en) (1er septembre 1880), sont contraints d'accepter le traité de Gandomak, par lequel ils perdent toute indépendance en matière de politique étrangère et doivent céder plusieurs districts frontaliers aux Britanniques[10].

    Un neveu de Sher Ali, Abdur Rahman, gouverne l'Afghanistan de 1880 à 1901. Cette période voit la fixation définitive des frontières du pays au nord et à l'est. Le tracé de la ligne Durand, en 1893, divise artificiellement les Pachtounes entre l'Afghanistan et l'Inde britannique. Une série de campagnes militaires permet à Abdur Rahman d'imposer son autorité à l'intérieur de ces limites : Maïmana est définitivement conquise en 1884, le Hazaradjat en 1893, le Kafiristan en 1896. Ces conquêtes s'accompagnent de mesures particulièrement brutales : les chiites du Hazaradjat sont contraints à l'exil tandis que les habitants polythéistes du Kafiristan sont islamisés de force et rebaptisés Nouristanis. Abdur Rahman se montre tout aussi impitoyable dans la manière dont il écrase les révoltes contre son autorité, qu'il s'agisse de prétendants au trône ou de tribus mécontentes de sa politique fiscale. Il prend des mesures dans le domaine économique et social (abolition de l'esclavage, lutte contre les bandits de grands chemins, construction de routes, développement de l'industrie), mais le développement du pays, entravé par un certain isolationnisme, reste limité à la région de Kaboul[4].

    Habibullah Khan succède à son père en 1901. L'une des premières décisions de son règne est une amnistie générale qui permet le retour au pays de nombreux intellectuels exilés par son père. L'un d'eux, Mahmoud Tarzi, devient le chef de file d'un courant « jeune-afghan » inspiré par les Jeunes-Turcs, qui milite pour la modernisation à marche forcée du pays avec l'aide de conseillers turcs. Un autre courant de pensée (Musahiban), pro-britannique et moins radical, tente d'orienter la politique afghane dans une direction diamétralement opposée. Incapable de choisir entre ces deux partis, l'émir opte pour la neutralité pendant la Première Guerre mondiale, malgré les tentatives allemandes d'attirer l'Afghanistan dans le camp des Empires centraux pour attaquer l'Inde. Il est assassiné en 1919[4].

    Le royaume d'Afghanistan
     
    Amanullah Khan.

    Après l'assassinat de Habibullah Khan, son fils Amanullah Khan prend le pouvoir en février 1919. Quelques mois plus tard, il déclenche la troisième guerre anglo-afghane, un conflit bref qui lui permet de rendre à l'Afghanistan sa complète indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni (traité de Rawalpindi). Embrassant le programme des Tarzi (Mahmoud Tarzi est son beau-père et son ministre des Affaires étrangères), le nouvel émir ouvre son pays au monde et lui donne sa première constitution en 1923. Il adopte le titre royal de shah en 1926[4].

    Le vaste programme de réformes d'Amanullah Khan (amélioration de la condition des femmes, lutte contre la corruption, création de passeports et de cartes d'identité, encouragement à l'investissement privé) suscite de nombreux mécontentements en Afghanistan. En 1924, la rébellion des Mangals est réprimée dans le sang. Quelques années plus tard, à la fin de 1928, un brigand d'origine tadjike, Habibullah Kalakani dit Bacha-e Saqâo (« le fils du porteur d'eau »), profite des révoltes qui secouent le pays pour marcher sur Kaboul. Le roi s'enfuit en janvier 1929 et Kalakani, qui s'est proclamé émir, annule toutes ses réformes et met en place un régime religieux autocratique[4].

    Un cousin d'Amanullah, Nadir Khan, mobilise les Pachtounes contre l'usurpateur tadjik, qui est vaincu en octobre 1929. Nadir Khan monte alors sur le trône sous le nom de Nadir Shah. Une nouvelle constitution est promulguée, mais la majeure partie des réformes libérales d'Amanullah ne sont pas rétablies. Partisan d'une modernisation plus progressive du pays, Nadir Shah est assassiné en 1933 par Abdul Khaliq Hazara, un partisan de l'ancien roi déchu[4].

    Le fils du roi, Mohammad Zaher Shah, lui succède. Bien qu'il soit majeur, ce sont d'abord ses oncles qui exercent la réalité du pouvoir en tant que Premiers ministres : Mohammad Hashim Khan (en) de 1933 à 1946, puis Shah Mahmud Khan de 1946 à 1953. Resté neutre durant la Seconde Guerre mondiale, le pays est secoué par une série de révoltes tribales entre 1944 et 1947. La même année, l'indépendance du Pakistan ravive la question de la division des Pachtounes de part et d'autre de la ligne Durand[4].

    En 1953, Shah Mahmud Khan est remplacé par Mohammad Daoud Khan, un cousin du roi. Attaché à la réunion de tous les Pachtounes au sein des frontières afghanes, il conduit les relations avec le Pakistan jusqu'au point de rupture. Les relations diplomatiques sont rompues et la frontière fermée en 1961. Les répercussions économiques pour l'Afghanistan, pays sans accès à la mer, sont graves et entraînent la démission de Mohammad Daoud Khan en 1963. Mohammad Zaher Shah prend alors directement en main les rênes du pouvoir et tente de promouvoir quelques réformes libérales, mais peine à asseoir son autorité face aux membres plus conservateurs de la famille royale. Il réussit cependant à maintenir de bonnes relations avec l'Union soviétique aussi bien qu'avec les États-Unis, jouant les deux superpouvoirs l'un contre l'autre pour moderniser le pays grâce à leur aide économique[4].

    Profitant d'une absence du roi pour raisons de santé, Mohammad Daoud Khan mène un coup d'État pacifique le 17 juillet 1973. Il abolit la monarchie et annonce la création de la république d'Afghanistan, dont il devient le premier chef d'État et de gouvernement[4].

    Histoire contemporaine 1978-1992 : intervention soviétique

    L'intervention soviétique en Afghanistan s’inscrit dans le contexte de la guerre froide, puisque les États-Unis soutiennent le Pakistan face à une Inde qui se voulait le fer de lance des pays non alignés ; l’URSS soutient l’Afghanistan qui avait, depuis 1919, des revendications territoriales sur les régions à majorité pachtounes du Pakistan, ce qui aurait permis à l’Afghanistan de se désenclaver en possédant un accès vers la mer d'Arabie[Où ?][précision nécessaire].

    À la suite d’un coup d’État fomenté en 1973 par le prince Mohammad Daoud Khan, la monarchie afghane est renversée, et la république d’Afghanistan proclamée. L'État afghan s’éloigne de plus en plus de Moscou.

    Le coup d’État du Parti démocratique populaire d'Afghanistan, le 27 avril 1978, renverse le gouvernement de Daoud. Ce dernier est assassiné, de même que de nombreux membres de sa famille. Cependant, ce coup d’État n'a été ni organisé ni soutenu par l'Union soviétique, Léonid Brejnev est furieux, mais finira par soutenir le président Nour Mohammad Taraki en signant en décembre 1978 un traité économique et militaire[2],[11]. Nour Mohammad Taraki (1917-1979), chef du Khalq (fraction radicale et majoritairement pachtoune du PDPA) devient président de la nouvelle république démocratique d'Afghanistan, régime socialiste et prosoviétique. Ce régime met en place une série de réformes collectivistes et sociales (école obligatoire pour les filles, droits des femmes, abolition des dettes paysannes, réformes agraires…) qui contrarient les coutumes ancestrales afghanes. Une répression s'exerce contre les opposants au régime, de nombreux dignitaires religieux sont tués ou emprisonnés. L’émigration des Kirghizes du Pamir afghan en Turquie a lieu à cette époque.

    Le 15 mars 1979, la 17e division régulière de l'armée afghane se révolte dans la ville d'Hérat à l'ouest du pays. Elle est dirigée par le capitaine Ismaïl qui deviendra célèbre comme chef de la résistance de la région d'Hérat contre l'Union soviétique sous le nom d'Ismaïl Khan. Les soldats abandonnent leur division et partent dans les montagnes avec les armes dont ils ont besoin. Ils sont rejoints par de nombreuses personnes de la population et entrent en résistance contre le gouvernement, secrètement aidés[12],[13] par la CIA.

    Le président Taraki téléphone le 18 mars 1979 au Premier ministre soviétique Alexis Kossyguine (conversation consignée dans les archives du Kremlin) et lui demande l'intervention discrète de l'Armée rouge. Dans un premier temps, il essuie un refus, car les Occidentaux s'en apercevraient en deux heures. Il obtient gain de cause en conseillant de n'utiliser que des soldats provenant des républiques soviétiques frontalières : un officieux « bataillon musulman », habillé avec des uniformes en laine de chameau. L'Union soviétique fomente un nouveau coup d’État le 28 décembre 1979 afin de permettre à Babrak Karmal, leader d'une faction plus modérée à l'intérieur du Parti communiste, de devenir président. L’Union soviétique intervient massivement à partir de janvier 1980 pour reprendre le contrôle des zones rebelles (Sud-Est du pays principalement). Une vive résistance se met en place face à un occupant soviétique qui ne s’attendait pas à une telle réaction. De plus, cette agression soulève une grande émotion dans l’ensemble des pays musulmans et de nombreux islamistes issus de divers pays (Algériens, Bosniaques, Philippins, Saoudiens, Palestiniens, Égyptiens…) se joignent aux moudjahidines. Les Soviétiques ne pourront jamais défaire ces combattants qui utilisent le terrain montagneux afghan pour mener une véritable guérilla financée et soutenue militairement par les États-Unis, le Pakistan, l’Arabie saoudite et diverses associations musulmanes à travers le monde.

    Le gouvernement entreprend de réformer ou d'abolir certaines pratiques traditionnelles de nature féodale : la dot et les mariages forcés sont interdits, l'âge minimum légal pour le mariage est rehaussé[14] et l'école est rendue obligatoire pour les filles[15]. Les femmes obtiennent par ailleurs le droit de ne pas porter le voile, de circuler librement et de conduire. Un projet de légalisation du divorce est rédigé, mais n'est finalement pas instauré pour ne pas encourager les insurrections conservatrices. Très optimistes, les dirigeants communistes espéraient éliminer l’analphabétisme en cinq ans[16]. En 1988, les femmes représentaient 40 % des médecins et 60 % des enseignants à l'université de Kaboul. Ces réformes ont sapé l'ordre tribal traditionnel et provoqué une opposition dans les zones rurales. Dans le même temps, le gouvernement a brutalement réprimé l'opposition avec des milliers d'exécutions politiques[17]. Jusqu'à 27 000 ont été exécutés à la prison de Pul-e-Charkhi[18].

    Le 30 novembre 1986, Mohammad Najibullah devient président de la République à la place de Karmal. Les troupes gouvernementales doivent faire face à l’aide moindre de l’URSS d’année en année (pour cause de perestroïka) et à une intensification des combats soutenus par le Pakistan voisin ainsi que par les États occidentaux, dont les États-Unis. L’aide américaine aux rebelles, qui reçoivent plusieurs milliards de dollars de subsides et d’armements, devient décisive avec la livraison des missiles Stinger permettant d’abattre les hélicoptères et ruinant une stratégie soviétique de contre-guérilla jusqu’alors plutôt efficace[19].

    L’Union soviétique décide unilatéralement de quitter l'Afghanistan en février 1989, laissant à Mohammad Najibullah le contrôle du pays. Le régime tombe le 29 avril 1992 après la prise de Kaboul et la démission de Mohammed Nadjibullah le 16 avril.

    1992-1996 : la guerre civile
     
    Territoires contrôlés par les parties en conflit en 1996.

    Le 9 avril 1992, Ahmed Chah Massoud, futur chef de l’alliance du Nord, entre dans Kaboul avec plusieurs milliers d’hommes et devient ministre de la Défense en mai. Le 28 juin, Burhanuddin Rabbani, musulman modéré du Jamiat-e Islami, est nommé président intérimaire, puis élu chef du gouvernement en décembre. De 1992 à 1995, un gouvernement issu de la résistance afghane prend le pouvoir, mais il y a des dissidences internes. Massoud démissionne du gouvernement afin de permettre à Gulbuddin Hekmatyar, un fondamentaliste appartenant à l’ethnie pachtoune, majoritaire dans le pays, de devenir Premier ministre. Mais les affrontements continuent dans Kaboul entre talibans, forces du gouvernement (Massoud) et moudjahidines (Hekmatyar). La charia est progressivement mise en place entre mai et juillet 1992 (port du hijab obligatoire pour les femmes, interdiction de la musique à la radio, application de la loi islamique, prière obligatoire pour les fonctionnaires[20]…)

    À partir de 1994,[réf. nécessaire] les talibans[a] – étudiants en théologie – appuyés par des groupes armés étrangers, conquièrent peu à peu les différentes provinces du pays. De 1994 à 1996, soutenus par l’armée pakistanaise, ils conquièrent l’essentiel du pays (sauf le réduit tadjik au nord-est) qui est sous le contrôle d’une nébuleuse de groupes armés qui forment l’Alliance du Nord, dont le commandant Massoud est la figure de proue. Des membres du Hezb-e-islami (parti de Hekmatyar) entrent au gouvernement du président Rabbani tandis que Hekmatyar devient Premier ministre. Durant l’été 1996, Oussama ben Laden, fuyant l'Arabie saoudite et après un séjour de deux ans au Soudan, retourne en Afghanistan. Il diffuse une déclaration de djihad contre les Américains.

    1996-2001 : régime taliban
     
    Territoires contrôlés par Massoud en 2000.

    Le 27 septembre 1996, les talibans prennent Kaboul, la secrétaire d’État américaine Madeleine Albright déclare alors que « c’est un pas positif »[21], et les fondamentalistes s’emparent dès lors du pouvoir. Le mollah Omar, chef charismatique du mouvement et commandeur des croyants, dirige le pays sans aucun titre politique ou constitutionnel. Mohammad Najibullah et son frère sont assassinés. Selon Ahmed Rashid, le mollah Abdoul Razzaq se trouvait à la tête du groupe qui s’empare de Naibullah, quelques heures avant l’entrée des talibans dans la capitale[22]. Les talibans instaurent une paix relative après des années de guerre, par le biais de l'application d’une loi islamique très stricte ayant pour but d’instaurer « le plus pur État islamique du monde », fondé sur une application rigoureuse de la charia, émanant de l’école déobandi. Les femmes n'ont plus droit à l'éducation et les exécutions sommaires sont courantes. En 1998, la prise de la ville de Mazar-e-Charif entraîne le massacre par les Talibans de quatre à six mille Hazaras[23].

    En 2001, la destruction des statues de Bouddha préislamiques de Bâmiyân (VIe – IVe siècles av. J.-C.), inscrites au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO, attire l’attention de la communauté internationale. Les autorités du Pakistan dénoncent alors publiquement leur politique extrémiste. Des relations étroites entre des groupes fondamentalistes pakistanais et les talibans perdurent néanmoins, notamment dans la région frontalière.

    Le 9 septembre 2001, Massoud est assassiné lors d’un attentat suicide déguisé en une fausse interview par de prétendus journalistes. Cet événement est suivi deux jours plus tard des attentats du 11 septembre aux États-Unis, provoquant un revirement de la politique américaine qui va répondre rapidement à cet attentat.

    2001-2021 : intervention de l’OTAN
     
    2003-2008
     
    2008-2011

    Accusant le chef d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden, d’être responsable des attentats du 11 septembre, avec le soutien des autorités talibanes, les États-Unis déclenchent une nouvelle guerre d’Afghanistan. Avec l’aide des forces terrestres de l’Alliance du Nord et un soutien aérien des forces de l’OTAN, ils renversent en quelques mois le régime taliban. Hamid Karzai devient alors le nouveau président de l’Afghanistan.

    La situation à la mi-2002 semble se stabiliser, même si l’insécurité reste présente dans des régions hors du contrôle du nouveau gouvernement, tandis que les zones sous contrôle de la coalition sont la cible d’attentats. Le président Hamid Karzai est ainsi victime d’une tentative d’assassinat, le 5 septembre 2002, lors d’un voyage dans la région de Kandahar. Après le renversement des talibans en 2001, plus de 5,7 millions d'anciens réfugiés sont retournés en Afghanistan[24].

    Le 11 août 2003, l’OTAN prend le commandement de la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS), à laquelle contribuent 37 pays[25] ; elle s’emploie à étendre l’autorité du pouvoir central et à faciliter la reconstruction du pays. Au 7 décembre 2004, une force internationale de près de 10 000 hommes stationnait en Afghanistan, s’ajoutant aux 20 000 soldats américains toujours présents. Cette coalition, formée sous l’égide de l’ONU, tente d’installer des structures favorisant un retour de la démocratie.

    Mais les activités rebelles perdurent : le 26 mai 2004, cinq membres d’ONG sont tués dans une embuscade au nord-ouest de l’Afghanistan[26]. En septembre 2004, une roquette tombe près d’un collège visité quelques minutes plus tard par le président Hamid Karzaï[27]. Le 29 août 2004, à Kaboul, un attentat à la voiture piégée fait plus de sept morts[28]. Les talibans visaient l’entreprise de sécurité américaine Dyncorps, qui s’occupe de la protection du président afghan Hamid Karzai.

    Entre la chute des talibans en 2001 et la Loya Jirga de 2003, l’Afghanistan a été appelé « État islamique transitoire d’Afghanistan » par les États-Unis et l’Union européenne, lequel est dirigé par une administration intérimaire, puis par une administration transitoire. Depuis l’élaboration de sa nouvelle constitution, le pays est maintenant officiellement nommé « république islamique d’Afghanistan ».

    En 2004, deux ans après l’intervention internationale, l’Afghanistan est redevenu le premier pays producteur mondial de pavot, utilisé pour produire l’opium et l’héroïne.

    À partir de 2005, la situation s’aggrave à nouveau. Les talibans, appuyés par des volontaires étrangers, s’infiltrent dans certaines régions. En août 2006, l’OTAN lance l'offensive nommée opération Medusa à l’ouest de Kandahar, mais après la perte d’un avion de surveillance avec quatorze militaires et plusieurs morts au sol notamment par tir ami, son commandant réclame des renforts. Sur les dix premiers mois de 2006, la guérilla et les combats ont fait plus de 3 000 morts en Afghanistan[29], alors que la production d’opium a augmenté de 60 % pendant l’année[30]. La guerre d’Afghanistan est particulièrement liée à l'insurrection islamiste au Nord-Ouest du Pakistan. L’instabilité politique provoquée par les talibans au Pakistan, pays pivot de l’action américaine (conquête du district de Buner par les talibans, à une centaine de kilomètres d’Islamabad, la capitale), remet en cause la perspective d’une victoire à court terme en Afghanistan. Toutefois, depuis avril-mai 2009, l’armée pakistanaise a multiplié ses offensives contre les talibans mais refuse de s’attaquer aux groupes talibans afghans basés au Waziristan du Nord.

    En 2015, la Force internationale d'assistance et de sécurité (FIAS) mise en place par l'OTAN est remplacée par la mission Resolute Support destinée à prodiguer conseils et formations à l'armée et aux institutions en place[31]. Après un engagement coûteux (1 000 milliards de dollars, 2 400 morts et 20 400 blessés parmi les soldats américains), Donald Trump annonce en décembre 2018 son intention unilatérale de se retirer du pays. Les talibans, presque essentiellement composés de Pachtounes, et soutenus de leur côté par l'autre ancien bloc de la guerre froide, prennent l'avantage dans un énième cycle de négociations de paix entamées à Doha en novembre 2018 : après plusieurs conférences avortées, un accord minimal se conclut à Doha en février 2020[32], visant surtout à sécuriser le retrait des troupes américaines, à éviter les attentats sur le sol américain, et conditionnant un cessez-le-feu entre talibans et gouvernement au pouvoir à la conclusion de négociations ultérieures[33].

    Un nouveau cycle de négociations démarre à Doha le 12 septembre 2020, dans un climat de guerre persistante. Les talibans continuent leurs offensives militaires dans la province de Helmand, les Américains, qui n'ont pas encore effectués leur retrait, reprennent des attaques aériennes contre eux à partir du 10 octobre[33].

    L'Afghanistan doit aussi faire face à la sécheresse. Selon les Nations unies, celle-ci a forcé plus de personnes à quitter leur domicile en 2018 que la violence qui sévit dans le pays[34].

    2021 : retrait complet des États-Unis et retour au pouvoir des talibans
     
    Situation en Afghanistan en août 2021.
    Territoire contrôlé par les talibans Territoire contesté Territoire contrôlé par Ahmad Massoud

    Comme le président américain Joe Biden s'y est engagé, les troupes américaines poursuivent leur retrait définitif du pays en 2021. Le lundi 12 juillet, le général Austin Scott Miller, chef des forces américaines et de l'OTAN en Afghanistan, quitte ses fonctions[35].

    Le retrait complet des États-Unis doit être effectif le 11 septembre 2021, date anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 qui avaient déclenché l'intervention américaine dans ce pays, mettant fin à vingt ans de guerre contre les talibans.

    Les talibans ont signé des accords de non-agression avec les pays voisins (Chine, Iran, Pakistan, Tadjikistan et Ouzbékistan). Ces deux derniers pays refusent désormais d'accueillir les bases militaires des États-Unis ; le Tadjikistan a en revanche envoyé 20 000 réservistes à sa frontière avec l'Afghanistan[36].

    En juillet 2021, différents pays évacuent leurs ressortissants, les talibans revendiquent le contrôle de 85 % du pays et d'importants postes frontières[37]. Ceux-ci reprennent rapidement du terrain dans les campagnes et encerclent les grandes villes dont Kaboul, avec l'intention de rétablir un régime fondamentaliste islamiste[38].

    Au 15 août, les talibans contrôlent 267 districts sur les 407 du pays[39] ainsi que vingt-six capitales provinciales sur trente-quatre[39]. Ils entrent dans la capitale, Kaboul, après la fuite du président Ashraf Ghani.

    Le 16 août, le fils du commandant Massoud, Ahmad Massoud, annonce, dans un appel publié à sa demande par la revue du philosophe Bernard-Henri Lévy[40], qu'il entend mener la résistance de son peuple face aux talibans[41],[42],[43].

    Le 30 août, le dernier avion de l'armée américaine quitte Kaboul, achevant le retrait des États-Unis d'Afghanistan et mettant ainsi un terme à une guerre qui aura duré près de deux décennies[44].

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L'Afghanistan se réveille sans présence militaire américaine pour la première fois en vingt ans », sur Franceinfo, 31 août 2021 (consulté le 31 août 2021)


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