Moulins à vent de Kinderdijk

Kinderdijkse molens

( Moulins à vent de Kinderdijk )

Les moulins à vent de Kinderdijk sont un groupe de 19 moulins à vent monumentaux situés dans le polder d'Alblasserwaard, dans la province néerlandaise de Hollande-Méridionale. La quasi-totalité des moulins font partie du village (nl) de Kinderdijk, dans la commune de Molenlanden. Un seul d'entre eux, De Blokker, est présent sur la commune d'Alblasserdam,.

Construits entre 1738 et 1740 pour empêcher l'eau d'entrer dans le polder, il s'agit de la plus grande concentration d'anciens moulins à vent des Pays-Bas et l'un des sites touristiques néerlandais (nl) les plus connus au monde. Les moulins sont classés monuments nationaux et toute la zone (nl)...Lire la suite

Les moulins à vent de Kinderdijk sont un groupe de 19 moulins à vent monumentaux situés dans le polder d'Alblasserwaard, dans la province néerlandaise de Hollande-Méridionale. La quasi-totalité des moulins font partie du village (nl) de Kinderdijk, dans la commune de Molenlanden. Un seul d'entre eux, De Blokker, est présent sur la commune d'Alblasserdam,.

Construits entre 1738 et 1740 pour empêcher l'eau d'entrer dans le polder, il s'agit de la plus grande concentration d'anciens moulins à vent des Pays-Bas et l'un des sites touristiques néerlandais (nl) les plus connus au monde. Les moulins sont classés monuments nationaux et toute la zone (nl) constitue un paysage urbain protégé depuis 1993. Ils sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1997 (en),.

Histoire Vie sur les dunken (préhistoire-Xe siècle)

Les « dunken » (tertres) sont les seuls endroits où les humains peuvent établir leurs habitations avant le Xe siècle. Peu d'habitants occupent la région d'Alblasserwaard avant cette époque, car les grandes rivières qui l'entourent et qui font partie de la région du grand delta du Rhin et de la Meuse, provoquent de fréquentes inondations des terrains. Ces rivières sont influencées par les marées. Leurs crues sont imprévisibles. De plus, la région est pluvieuse. Seuls quelques pêcheurs et chasseurs semblent s'être établis dans cette région difficilement habitable : ils ne sont pas nombreux et ne restent pas longtemps[1].

Canaux et digues au Moyen-âge

La région de Kinderdijk commence à être habitée de manière durable à partir des Xe et XIe siècles[2]. L'installation de villages et villes nécessite de récupérer les espaces régulièrement inondés puis de les protéger, afin de construire des habitations, des fermes et des champs cultivables[1].

Les premiers longs canaux de drainage dans l’Alblasserwaard datent du XIe siècle. Cent ans plus tard, une digue entourait déjà la quasi-totalité de la région et les bassins des deux rivières qui traversent l’Alblasserwaard, l’Alblas et le Giessen, étaient aménagés. Ils sont devenus respectivement les districts du Nederwaard (la basse terre) et du Overwaard (la haute terre). En 1270, l'assèchement du territoire du Alblasserwaard est terminé, et ses terres peuvent être utilisées.

Mise en place d'une administration démocratique des digues (1277)

L'année 1277 marque une date importante dans l'administration des eaux du Ablasserwaard. Le comte Florent V (Floris de Vijfde), surnommé le « dieu des paysans », prend l'initiative de construire un système de contrôle des digues centralisé. Le 31 mars 1277, Florent V accorde la construction d'une vaste extension de la digue en faveur de l'Ablasserwaard[3]. C'est probablement à cette occasion que le comte de Hollande créa l’administration des eaux et polders de ce district, organisme chargé de l’entretien des digues[4],[5]. Il transfère ainsi la responsabilité de la supervision des digues (auparavant laissée aux propriétaires locaux) à un officier d'État qui exerce une fonction de surintendant des digues, le dijkgraaf, et à un collège de treize conseils de polders. Ainsi naît le conseil du polder Alblasserwaard[5]. Les trois conseils des eaux fondés à cette date, Alblasserwaard, Overwaard et Nederwaard, sont ensuite rassemblés pour former un office des eaux[6]. Ces conseils, dont les membres sont élus démocratiquement, selon un système toujours en place au XXIe siècle, sont constitués d'habitants du site.

Les eaux de la région sont déversées au point nord-ouest, qui est Kinderdijk. Les premières écluses sont mises en place, ce qui constitue la première avancée technologique du site : Elshoutsluizen ou écluses de l'Elshout.

Malgré ces améliorations, les risques d'inondations restent importants et nécessitent des mesures spécifiques. Les canaux de l'Alblas et Giessen drainent l'eau dans les rivières Noord et Merwede, respectivement. Dans les situations où le niveau de ces rivières est haut, l'eau peut changer son cours et remonter l'Alblas et le Giessen, menaçant alors le bassin de l'Alblasserwaard. Le point le plus bas de la zone est le Lek : la rivière est située dans la partie la plus occidentale et la plus proche de la mer. Ce point de drainage est nommé le Elshout[7]. En 1365, avec l'autorisation du duc Albrecht de Bavière (alors comte de Hollande), des canaux, associés à des bassins sont aménagés à l'endroit le plus bas de l'Alblasserwaard et de l'Overwaard : le Elshout[8],[9]. Les habitants de la partie ouest demandent à ce qu'un système similaire soit mis en place sur leur secteur. En 1369, la partie ouest se dote du même système, avec un canal parallèle au premier, et une partie de terre entre les deux, le Middlekade (avenue du milieu). Cette partie se dote aussi de son propre conseil des eaux, qui prendre le nom d'office des eaux du Nederwaard.

Inondation de la Sainte-Élisabeth (1421)

L'aménagement de canaux a un effet indésirable sur les sols du site : en effet, un des effets du drainage est l'affaissement des sols. Le drainage des eaux devient alors d'autant plus difficile. Le sol a continué à s'affaisser au cours des siècles sous l'effet du drainage des terres, tandis que le niveau des eaux montait. Alors qu'au départ le drainage est relativement naturel, l'eau s'écoulant des endroits plus élevés vers les rivières à marée basse, le problème se complexifie : il s'agit d'empêcher l'eau des rivières de redescendre vers les champs asséchés[1],[5]. Dans la nuit du 18 au 19 novembre 1421, à cause d'une forte tempête, les digues cèdent. Des milliers de personnes meurent noyées[10].

Les premiers moulins à vent
 
Fig. 1 Drainage par paliers

Après le désastre de la Ste Elizabeth, plusieurs moyens de drainer l'eau sont expérimentés. Retirer l'eau avec des seaux demande une importante main-d’œuvre. Des moulins à force manuelle sont mis en place mais coûtent également trop d'effort humain. Des moulins à manège ou à chevaux ne donnent pas les résultats espérés. Au début du XVIIe siècle, en 1612, 70 ha de polders, établis à l'ouest de Nieuw Waterschap, font l'objet d'un achat par le district du drainage intérieur du Nederwaard, pour permettre d'accroître la capacité de stockage des eaux avec l'aménagement d'un nouveau réservoir[9]. Malgré ces efforts, des inondations continuent d'affecter la région. Le 1er novembre 1570, la digue autour d'Alblasserwaard se rompt à plusieurs endroits. Plusieurs inondations suivent, dont l'effet est aggravé par la guerre de Quatre-Vingts Ans qui oppose Espagnols et Néerlandais : en 1574, les États généraux (Staten Generaal) décident de rompre la digue pour inonder le pays, pour se défendre des Espagnols. Un moulin de type araignée (wipwatermolen) est brûlé ; la date de sa reconstruction est inconnue. Il s'agit du plus vieux moulin présent sur le site, qui porte de nos jours le nom de « De Blokker » du nom du polder qu'il a drainé, le Blokweer[11].

La hauteur à laquelle l'eau doit désormais être élevée pour être drainée est de 1,50 m. L'idée de pomper l'eau avec les nouveaux moulins à vent pour la remonter dans des bassins de drainage est exprimée, mais les habitants n'ont pas les moyens économiques de mettre en place une telle technologie.

À la suite d’une importante inondation en 1726, la nécessité de construire des moulins de drainage s'impose, quel qu'en soit le coût[8]. De longues délibérations s'ensuivent, durant plusieurs années. En 1738, les plans sont prêts et le gouvernement promet de financer ces travaux. Plusieurs architectes originaires de la commune voisine d'Oud-Alblas, dont Dirk Piek et Teunis van Werken, construisent en 1738, dans le Nederwaard, les huit moulins ronds en briques encore existants[12],[13], le long du bassin haut.

Deux ans plus tard, en 1740, huit moulins, cette fois de forme octogonale et couverts de chaume, sont bâtis de l'autre côté du canal, sur le Overwaard. Grâce à 16 de ces moulins, l'eau peut atteindre 1 m de plus dans les bassins supérieurs, avant d'être déversée dans la Lek en fonction de son niveau. Le système de drainage par palier est opérationnel. Les huit moulins du côté Overwaard doivent pomper l'eau amenée par 43 moulins de polder répartis sur une surface de polder de 13 000 hectares. Les huit moulins de Nederwaard doivent pomper l'eau amenée par 25 moulins de polders répartis sur 9 000 hectares.

Deux autres moulins sont construits à Nieuw-Lekkerland : le haut moulin date de la construction des moulins de Overwaard (1740) et le petit, ou bas, moulin est construit en 1761.

La révolution industrielle et les premières pompes à vapeur

Avec l'invention de la machine à vapeur par James Watt en 1764 au Royaume-Uni, de nombreux processus industriels changent. La vapeur remplace les sources d'énergie que sont l'eau ou le vent. Les moulins de la région de Hollande perdent alors leur fonction. Des moulins à eau fonctionnant à la vapeur commencent à être construits (le premier étant fonctionnel aux Pays-Bas est construit à Blijdorp, un polder au nord de Rotterdam).

En 1846, le maire de Molenaarsgraaf, A. Slotemaker, présente à l'office des eaux un projet de construction d'une station de pompage fonctionnant à la vapeur[14] suivant le modèle de la station de pompage à vapeur du Doordorp, polder de Delft. Son idée n'est pas retenue pour des raisons financières. La décision de construire une station fonctionnant à la machine à vapeur est prise en 1867 à Nedewaard et Overwaard prend la même décision l'année suivante. En 1868, les stations de pompage à vapeur sont construites de chaque côté de la Lek[9]. La station de Nederwaard prend le nom de l'intendant des digues W.M. van Haaften ; elle peut pomper 292 000 l/min. Celle de Overwaard prend le nom de l'intendant des digues Wisboom et a une capacité de 440 000 l/min.

La révolution industrielle a aussi un impact sur la technologie des moulins : l'acier remplace le bois sur plusieurs pièces intérieures et les bras (parties soutenant les voiles sur les ailes). Le chantier naval de Kinderdijk les Frères Pot est le premier du pays à construire des bras de moulin en acier. Ces structures en acier sont toujours en place au XXIe siècle[14].

Pompes à diesel et pompes électriques au XXe siècle

En 1927, les pompes à vapeur de Nederwaard sont remplacées par une station de pompage fonctionnant au diesel de plus grande capacité[10]. La nouvelle station de pompage rend les huit moulins de Nederwaard superflus. Les moulins ne sont cependant pas détruits : les meuniers obtiennent le droit de continuer à vivre dans les moulins. Du côté de Overwaard, la même question se pose. La station de pompage à la vapeur est remplacée par une station fonctionnant à l'électricité avec deux pompes pouvant drainer 900 000 l/min. Or les moulins coûtent cher en maintenance, et les crises financières accentuent la pression en faveur de la démolition des moulins[14].

Préservation du patrimoine et conservation des moulins
Photographie aérienne en noir et blanc de paysages marécageux. 
Le site de Kinderdijk dans la première moitié du XXe siècle.

En 1923, le défenseur néerlandais de l'environnement et du patrimoine, Pieter van Tienhoven, appelle à la protection des moulins de Hollande et fonde dans cet objectif, l'association De Hollandsche Molen toujours existante[15]. Il insiste tout particulièrement sur le risque de destruction des moulins de Overwaard et Nederwaard qui forment un réseau de maîtrise des eaux unique dans le pays. Il espère qu'une solution sera trouvée, « qui sera écrite en lettres d'or dans l'histoire de notre pays » (« met gouden letters in de historie van ons land »), écrit-il[14].

Or, durant la Seconde Guerre mondiale, le fioul devient de plus en plus rare, confisqué par l'armée d'occupation nazie. Seuls les moulins à vent continuent à assurer le drainage de la région[10]. Lorsque la question de la maintenance et de la destruction des moulins se pose à nouveau après la guerre, en 1947, les discussions entre l'office des eaux De Overwaard (nl) et la province de Hollande Méridionale sont dans une impasse. Trois moulins ne fonctionnent plus, et les pompes (certaines laissées par l'armée américaine à la libération du pays) suffisent à drainer l'eau. L'office des eaux De Overwaard ne veut plus payer la maintenance trop coûteuse des moulins. L'administration hollandaise s'oppose à leur démolition. Ce conflit dure jusqu'en 1951, lorsque la reine Juliana vient visiter le site et vient parler aux membres de l'office des eaux de Overwaard. La reine est la présidente honorifique de l'association De Hollandsche Molen et prend position en faveur de la conservation des moulins. L'année suivante, un compromis est trouvé : un contrat attribue les moulins à la Hollande Méridionale et l'autorisation de construire une nouvelle station de pompage est accordée la même année. La province signe aussi un accord avec l'office des eaux de Nederwaard : elle prend en charge le coût des réparations et une large partie des frais d'entretien des moulins.

Lutte contre les inondations et mise en place du plan Delta
 
Vis d'Archimède à Kinderdijk
 
La station de pompage J.U. Smit, à Kinderdijk.

En 1953, une inondation provoquée par une tempête en mer du Nord touche une large part de la province de Zélande et de la Hollande Méridionale. Environ 1800 personnes y perdent la vie. Cette inondation a pour conséquence la mise en place d'un plan d'envergure nationale de maîtrise des eaux : le plan Delta. Les conséquences pour le site de Kinderdijk sont que les digues sont élevées et consolidées et les canaux datant du XIIIe siècle sont reconstruits. Les niveaux d'eau étant plus stables et moins dépendants des marées, de nouvelles stations de pompage s'avèrent nécessaires. Deux stations sont donc construites. Du côté de Nederwaard, une nouvelle station, la station J.U. Smit est opérationnelle en 1972. Elle utilise trois vis d'Archimède (dont deux sont agrandies en 1995). Deux vis ont une capacité de 465 000 l/min et la troisième a une capacité de 377 000 l/min[16].

En 1995, à Overwaard, les stations de pompage électrique de Wisboom et de Hakkesteegt (1953) sont remplacées par une station à trois vis d'Archimède.

Depuis 1998, un troisième palier de drainage a été mis en place, géré par un système informatisé.

Le plan Delta met en place une plus grande centralisation des offices des eaux. Les offices des eaux de Overwaard et Nederwaard deviennent membres de l'office des eaux de Rivierland.

↑ a b et c Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées :1 Catharina L. van Groningen 1992, p. 21. (nl) Marinus Jacobus Waale, « VI - De Arkelse oorlog een krigjkunige analyse », dans Marinus Jacobus Waale, De Arkelse oorlog, 1401-1412 : een politieke, krijgskundige en economische analyse, Uitgeverij Verloren, 1990, 299 p. (lire en ligne), page 172. (en) Leendert P. Louwe Kooijmans, Rhine/ Meuse Delta, Brill Archive, 1974, 421 p. (lire en ligne), page 121. ↑ a b et c Maandag 2006, p. 22-29. (en) « History - Ontdek - Kinderdijk molens », Kinderdijk molens,‎ 2017 (lire en ligne, consulté le 9 octobre 2017) Maadag 2006, p. 32-44. ↑ a et b Nijs et Beukers 2002, p. 116 ↑ a b et c Collectif, « Liste du patrimoine mondial de l'Unesco : Kinderdijk-Elshout (Pays-Bas) numéro 818 », publications de l'Unesco,‎ 1997 (lire en ligne [PDF], consulté le 2 octobre 2017). ↑ a b et c Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Kinderdijk-histo Maandag 2006, p. 64-83. (nl) « Kinderdijk, Zuid Holland : Nederward Molen numéro 1 », sur le site molendatabase (consulté le 30 septembre 2017). (nl) « Kinderdijk, Zuid Holland : Nederward Molen numéro 8 », sur le site molendatabase (consulté le 30 septembre 2017). ↑ a b c et d Maandag 2006, p. 114-133. (nl) « De Hollandsche Molen. Wat doen wij », sur le site molens.nl (consulté le 18 novembre 2017). Maandag 2006, p. 136-142.
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