Ağrı Dağı

( Mont Ararat )

Le mont Ararat (en turc Ağrı Dağı ; en arménien Արարատ ; en kurde Çiyayê Agirî ou Shaxi ; en persan کوه نوح (Kuh-e-Nuh, « montagne de Noé »)), aussi appelé Masis par les Arméniens (Մասիս), Μασίς par les Grecs pontiques et מעזיז (Maziz) par les Romaniotes est avec 5 137 mètres d'altitude le sommet le plus élevé de Turquie. Situé sur le haut-plateau arménien, dans l'Est de la Turquie, il est à une trentaine de kilomètres des frontières avec l'Arménie et l'Iran.

Ce large massif volcanique recouvert de neiges éternelles se compose de deux sommets, le Grand et le Petit Ararat.

Associé, pour les chrétiens, à l'arche de Noé depuis le Moyen Âge, l'Ararat est un emblème de l'Arménie.

Histoire éruptive

Bien que l'Ararat soit généralement considéré comme un stratovolcan endormi, il semble avoir eu quelque activité durant les temps historiques. Des objets ainsi que des restes humains, estimés de 2500 à 2400 av. J.-C., c'est-à-dire datant du début de l'âge du bronze, ont été retrouvés sur le flanc nord-ouest, ensevelis sous des coulées pyroclastiques qui sont ainsi estimées comme datant de cette époque. D'autres traces plus récentes (estimées de 550 av. J.-C.) ont été trouvées sur le flanc nord, plus en altitude, et ont permis de déterminer la datation d'une autre éruption[1],[2]. La dernière activité recensée est une éruption phréatique accompagnée d'un violent séisme, le 20 juin 1840 (2 juillet dans le calendrier grégorien)[2],[3], dont l'épicentre se situe aux alentours du gouffre d'Ahora et qui entraînent des lahars[1]. Les secousses restent violentes pendant une semaine[4] et semblent prendre totalement fin en septembre[5].

Occupation humaine  Vue de l'Ararat avec le monastère de Khor Virap.

Outre les traces d'occupation humaine datant de l'âge du bronze[1], les récits médiévaux parlent d'un mont Ararat boisé, peuplé d'animaux et parsemé de hameaux[6]. Il n'y a que deux sources dans l'Ararat : celle de la crête joignant le Petit et le Grand Ararat (Sardar Bourlakh) et la source Saint-Jacob, près de laquelle se trouvait le village d'Arguri (en turc Yenidoğan (en)), dans le gouffre du même nom. Ce village possédait un couvent, le couvent de Saint-Jacob. Une légende raconte qu'aux premiers temps du christianisme en Arménie, un moine venu prier sur le mont sacré est par trois fois ramené par les anges à son point de départ ; il décide alors de bâtir le couvent de Saint-Jacob[6]. Lors de l'éruption phréatique de juillet 1840, un séisme provoque dans le gouffre d'Ahora une coulée de rocs, de neige et d'eau qui détruit Arguri et son couvent et déplace même l'emplacement de la source. Depuis, il n'existe plus d'habitation permanente sur le mont Ararat, où la végétation est désormais maigre. Seuls quelques semi-nomades kurdes profitent en été des pâturages d'altitude, surtout à proximité de la source Sardar Bourlakh, vers 2 900 mètres d'altitude[6].

Le mont Ararat est souvent caché par les nuages et la légende dit qu'Alexandre le Grand, resté quinze jours à Erebouni par temps couvert, se serait exclamé au moment de repartir, et en se tournant vers lui : « Dommage, Ararat, tu n'auras pas vu Alexandre »[7]. Cœur de l'Arménie historique, la région passe au fil des siècles sous contrôle notamment romain, perse, byzantin, arabe, seldjoukide, ottoman, russe puis turc.

Premières ascensions  Portrait de Friedrich Parrot en 1829.

La montagne est gravie pour la première fois en 1829 par Friedrich Parrot, médecin russe, fils de Georges Frédéric Parrot, 1er recteur de l'université de Tartu (appelée Dorpat à l'époque) en Estonie, et quatre étudiants dont Khatchatour Abovian[8]. Ils traversent l'Araxe et prennent la direction du village arménien d'Arguri (Yenidoğan en turc), situé sur le versant nord du volcan, à 1 200 mètres d'altitude. Suivant les conseils de Harutiun Alamdarian de Tiflis, ils installent leur camp de base au couvent de Saint-Jacob, 730 mètres plus haut[9]. La première tentative d'ascension, par le nord-est, est un échec en raison du manque de vêtements chauds. Six jours plus tard, sur les conseils de Stepan Khojiants, le chef du village d'Arguri, l'ascension est entreprise cette fois par le versant nord-ouest. Après avoir atteint une altitude de 4 885 mètres, ils rebroussent chemin avant le crépuscule. Le sommet est finalement vaincu lors de la troisième tentative, le 27 septembre 1829 (9 octobre dans le calendrier grégorien) à 15 h 15[10],[9]. Abovian creuse alors un trou dans la glace et y érige une croix en bois face au nord[11]. Il prélève également un morceau de glace au sommet et le transporte avec lui jusqu'à la vallée, dans une bouteille, en considérant que l'eau est sacrée[9]. Un mois plus tard, Parrot et Abovian gravissent le Petit Ararat[9].

En août 1834, Kozma Spassky-Avtonomov gravit l'Ararat dans le but de prouver que les étoiles peuvent être visibles à midi. Il rapporte de la glace du sommet pour baptiser son fils[10].

En juillet 1845, après trois échecs, Abovian renouvelle l'ascension, cette fois par le sud-est depuis Sardar Bulak, en accompagnant le minéralogiste germanique Otto Wilhelm Hermann von Abich. Sa troisième ascension de l'Ararat a lieu avec le Britannique Henry Danby Seymour l'année suivante, depuis le village reconstruit d'Arguri[8],[10],[9].

Début août 1850, l'expédition menée par J. Khodko, P.H. Moritz et N. V. Khanikov passe six jours au sommet à titre scientifique[10].

Révolte kurde

En 1927, la révolte kurde de la république de l'Ararat a son quartier général proche du mont Ararat.

↑ a b et c Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées GVP1 ↑ a et b (en) « Histoire éruptive », sur https://volcano.si.edu, Global Volcanism Program, Smithsonian Institution (en) N. N. Ambraseys et C. P. Melville, A History of Persian Earthquakes, Cambridge University Press, 2005 (ISBN 978-0521021876), p. 58 (fr) Adolphe Laurent Joanne, Voyage illustré dans les cinq parties du monde en 1846, 47, et 49, Paris, 1850, page 175 (en) Patrick Fairbairn, The Imperial Bible-dictionary, Volume 1, Blackie and Son, Londres, 1866, page 118 ↑ a b et c Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées merv (fr) Hubert Reeves, Je n'aurai pas le temps[réf. incomplète]. ↑ a et b Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées araratexpedition ↑ a b c d et e (en) Philip K. Ketchian, Climbing Ararat: Then and Now, The Armenian Weekly 71 (52), 24 décembre 2005 ↑ a b c et d (en) Mount Ararat Search Expeditions & Early Ascents (en) John S. Guest, The Yezidis : A Study in Survival, Routledge, 1987, 299 p. (ISBN 0-7103-0115-4), p. 188.
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