Maaloula

معلولا

( Maaloula )

Maaloula (en arabe : معلولا / maʿlūlā, de l'araméen : ܡܥܠܐ / ma`lā, « entrée »), est un village montagneux de Syrie au nord-est de Damas. La population y est musulmane et chrétienne. Il présente la particularité, ainsi que les villages alentour, d'abriter une population qui parle encore l'araméen (voir néo-araméen occidental). Dans les années 2000, la population sunnite est majoritaire en hiver, et aux deux tiers chrétienne l'été.

Le village doit sa renommée à ses refuges troglodytiques datant des premiers siècles du christianisme.

Origines

Les habitants, païens du temps de l'Empire romain, se sont convertis au christianisme dans les premiers temps de l'Église à l'époque romaine, six siècles avant la conquête arabe.

La majorité des chrétiens locaux appartiennent à l'Église grecque-catholique melkite et à l'Église grecque-orthodoxe d'Antioche. Le village est célèbre au Proche-Orient pour la ferveur et la solennité avec lesquelles il célèbre, chaque 14 septembre, la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix. On allume de grands feux sur les collines et l'on invite les habitants et les visiteurs, chrétiens ou musulmans nombreux à venir en période de paix, à de grands dîners après les cérémonies religieuses[1].

Le village abrite, parmi des monastères en ruines, le monastère Mar Takla, grec-orthodoxe, construit autour de la grotte et du tombeau de sainte Thècle, princesse séleucide et disciple de saint Paul, fêtée le 24 septembre. En haut d'un rocher qui domine le village, se dresse un antique monastère (construit au IVe siècle) desservi par un prêtre grec-catholique et dédié à Mar Sarkis et Mar Bacchus (saints Serge et Bacchus), deux saints martyrs fêtés le 7 octobre, qui étaient fort populaires dans l'Empire romain d'Orient.

Vue de la partie chrétienne de Maaloula. 

Vue de la partie chrétienne de Maaloula.

La gorge menant au monastère Sainte-Thècle. 

La gorge menant au monastère Sainte-Thècle.

Le monastère Sainte-Thècle. 

Le monastère Sainte-Thècle.

Le monastère Saint-Serge-et-Saint-Bacchus. 

Le monastère Saint-Serge-et-Saint-Bacchus.

Sous le mandat français, au cours de la grande révolte syrienne, le village est attaqué et assiégé à plusieurs reprises entre octobre 1925 et juin 1926 par les rebelles commandés par Ramadan al-Shallash. Les Français, qui font confiance aux populations catholiques, distribuent des armes aux villageois[2].

Guerre civile syrienne

Le village est relativement épargné par les attaques jusqu'à l'été 2013. Un check-point à l'entrée du village fait l'objet d'un attentat-suicide le 4 septembre, puis des groupes armés rebelles et des islamistes du Front al-Nosra y prennent position le 7 septembre 2013[3],[4]. Un certain nombre d'habitants prennent la fuite. Selon certaines sources, dans la ville, les djihadistes auraient tué au moins 20 civils de confession chrétienne et enlevé 15 autres[5]. Selon d'autres sources au contraire, il pourrait s'agir de désinformation du régime, car les habitants auraient fui le village avant (seules restaient quelques dizaines de personnes) et des témoignages contestent les exactions. La mort de trois chrétiens du village a été documentée, selon certaines sources ils seraient morts en combattant[6],[7],[8],[9].

Après avoir déserté le village, l'armée syrienne lance une opération afin de le reprendre ; cette offensive est repoussée tout d'abord à la suite de l'arrivée de renforts djihadistes[10], puis aboutie le 19 septembre 2013.[réf. nécessaire]

Le 1er décembre 2013, les islamistes s'emparent à nouveau de la ville et enlèvent douze religieuses du monastère orthodoxe de Sainte-Thècle[11], finalement libérées en mars 2014 contre 150 prisonniers du régime syrien, essentiellement des femmes[12],[13].

Selon Frédéric Pichon, les djihadistes commettent un « véritable massacre archéologique », pillant l'église conventuelle, un des plus vieux édifices chrétiens du monde, datant du début du IVe siècle, détruisant des icônes exceptionnelles[14]. Selon d'autres sources y compris des responsables religieux, il n'y a eu « ni massacre ni profanation des lieux saints », pas de destruction ni de pillage lors de la prise du village par les groupes rebelles[6],[7],[9]. De leur côté, des combattants d'opposition affirment avoir ordonné de ne pas s'en prendre aux chrétiens qui ne combattaient pas aux côtés du régime et de ne pas rester sur place afin d'éviter que l'aviation du régime ne détruise les sites historiques en les visant[15],[7].

Le village est repris par les loyalistes et le Hezbollah le 14 avril 2014[16].

La Croix, 9 septembre 2013, p. 3 Frédéric Pichon, Bernard Heyberger, Maaloula (XIXe – XXIe siècles). Du vieux avec du neuf, IFPO, 2010 La Croix, 9 septembre 2013, p. 3 Ariane Lavrilleux, Elie Guckert et Frank Andrews, « Comment SOS Chrétiens d’Orient a utilisé le village syrien de Maaloula », sur Mediapart (consulté le 2 octobre 2020) Renaud Girard : après Daech, comment sauver le Moyen-Orient ?, entretien, lefigaro.fr, 28 octobre 2016 ↑ a et b Jean-Pierre Perrin, « Le massacre des chrétiens de Maaloula a-t-il eu lieu ? », sur Libération.fr, 11 septembre 2013 (consulté le 8 juin 2020) ↑ a b et c « Syrie. L’attaque de Ma’aloula moins menaçante pour les chrétiens que certaines couvertures médiatiques », Un oeil sur la Syrie,‎ 19 septembre 2013 (lire en ligne, consulté le 8 juin 2020) (en-US) Anne Barnard et Hwaida Saad, « Assault on Christian Town in Syria Adds to Fears Over Rebels », The New York Times,‎ 10 septembre 2013 (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 8 juin 2020) ↑ a et b Lucie Delaporte, « Syrie : Maaloula, un symbole chrétien au cœur du conflit », sur Mediapart (consulté le 8 juin 2020) En Syrie, Maaloula devient « un village fantôme », L'Orient Le Jour, 8 septembre 2013 « Les rebelles syriens s'emparent de nouveau de la ville chrétienne de Maaloula », sur France 24, 2 décembre 2013 Yazbak, Samar, 1970-, 19 femmes : les Syriennes racontent (ISBN 978-2-234-08604-3 et 2-234-08604-3, OCLC 1114114734, lire en ligne), p. 235 « Syrie : les religieuses de Maaloula libérées », La Croix,‎ 10 mars 2014 (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le 4 juin 2020) Frédéric Pichon, Syrie : Pourquoi l'Occident s'est trompé, Éditions du Rocher, 2014, p. 102 (ar) « لماذا هوجمت بلدة معلولا الأثرية في سوريا وما الذي حدث أثناء الهجوم؟ », sur فرانس 24 / France 24,‎ 6 septembre 2013 (consulté le 9 juin 2020) « La ville chrétienne de Maaloula reprise par l'armée syrienne », sur RFI, 14 avril 2014
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