Dinant

Dinant [dinɑ̃] est une ville francophone de Belgique située en Région wallonne, en Ardenne, chef-lieu d'arrondissement en province de Namur.

Elle est bâtie sur la rive droite de la Meuse, à 90 kilomètres au sud de Bruxelles, 28 de Namur et 16 au nord de Givet, en France. Dinant compte, au 1er décembre 2019, 13 415 habitants (6 573 hommes et 6 842 femmes), soit une densité de 134,42 habitants/km2. La vallée de la Meuse, ses nombreux monuments, l'abbaye Notre-Dame de Leffe encore habitée par des Prémontrés, la tour et les gr...Lire la suite

Dinant [dinɑ̃] est une ville francophone de Belgique située en Région wallonne, en Ardenne, chef-lieu d'arrondissement en province de Namur.

Elle est bâtie sur la rive droite de la Meuse, à 90 kilomètres au sud de Bruxelles, 28 de Namur et 16 au nord de Givet, en France. Dinant compte, au 1er décembre 2019, 13 415 habitants (6 573 hommes et 6 842 femmes), soit une densité de 134,42 habitants/km2. La vallée de la Meuse, ses nombreux monuments, l'abbaye Notre-Dame de Leffe encore habitée par des Prémontrés, la tour et les grottes de Mont-Fat et sa grotte « la Merveilleuse » en font un haut lieu touristique de la région mosane. De nombreuses croisières fluviales sont organisées au départ de la cité des Copères (du germanique koper qui signifie « cuivre »).

En outre, la ville et le centre culturel organisent très souvent des événements musicaux en rapport avec le saxophone : Adolphe Sax, l'inventeur du saxophone, est né à Dinant le .

Dinant est également connue pour avoir donné son nom à la fabrication des objets en cuivre et en laiton : la dinanderie.

Sans remettre en cause une indéniable présence paléolithique, mésolithique et néolithique sur les rives de Meuse, Dinant trouve son appellation du celtique, langue des peuples belges, Divonanto, c'est-à-dire la « vallée sacrée ». Les illustrations photographiques constituent une preuve de cet « art de dénommer », à la fois visuel et terre-à-terre[1].

Préhistoire

Dès la préhistoire, les hommes ont fréquenté la vallée de la Meuse. Les fouilles, opérées au cours du XIXe siècle dans de nombreux abris sous roche, ont révélé une occupation mésolithique (env. 10000 à 5000 av. J.-C.) et néolithique (env. 5000 à 2500 av. J.-C.) en amont de Dinant (grotte de Naulette, trou Magrite).

Le trou Magrite à Pont-à-Lesse[2],[3],[4] a aussi été occupé au Paléolithique moyen (Moustérien, probablement de type charentien) et au Paléolithique supérieur avec l'Aurignacien[5],[6], le Gravettien et le Magdalénien[5]. Des datations de 1995 sont comprises entre 41 300 ans ±˙1 690 AP et 17 900 ans ±˙200 ans AP[6],[5].


Trou Magrite (Pont-à-Lesse)
Bâton percé gravé, bois de renne 
Bâton percé gravé, bois de renne
Figurine sculptée, ivoire 
Figurine sculptée, ivoire

Le résultat de ces fouilles est présenté, pour l'essentiel, au musée archéologique de Namur. Édouard-François Dupont, l'une des figures les plus connues de l'archéologie dinantaise et la géologie, après 1864, fit partie de la Société archéologique namuroise.

Antiquité

Les périodes celtique et romaine ne sont documentées que de façon lacunaire, par quelques fouilles de sauvetage opérées à la fin du XXe siècle par des archéologues bénévoles ou amateurs. Toutefois, la région fut colonisée par les armées romaines dès 52 av. J.-C., et des découvertes ponctuelles confirment l’utilisation pendant l’Antiquité de la Meuse comme voie navigable, ce qui n’était toutefois pas une innovation romaine. La présence romaine est attestée à Namur dès le Haut-Empire, à 30 km en aval de Dinant, ainsi que sur les plateaux du Condroz. Les régions sont alors intégrées à la Cité des Tongres, qui sera l’embryon de l’évêché à partir duquel la religion chrétienne s’implantera.

Moyen Âge

La transition entre l'Antiquité et le haut Moyen Âge est mal connue à Dinant - comme ailleurs. Il faut sans doute, plutôt qu'une brusque rupture, imaginer une lente érosion de l'autorité romaine, transférée aux notables locaux, qu'ils soient d'origine indigène, germanique ou romaine. Par ailleurs, la religion chrétienne progresse dans la vallée de la Meuse ; la tradition situe au IVe siècle apr. J.-C. la fondation à Dinant d’un oratoire par Saint Materne. Il semble que la ville gagne ensuite rapidement en importance, puisqu'au VIe siècle, le 21e évêque de Maastricht, nommé Monulphe, serait le fils d’un seigneur dinantais. De plus, l’Anonyme de Ravenne cite « Dinantis » au VIIe siècle.

À la période mérovingienne, Dinant est un vicus, encore mal documenté. Il est fait allusion à un atelier de monnaie et à un marché au nord de la ville. Il est vraisemblable que plusieurs noyaux pré-urbains évoluent à faible distance avant de fusionner. À la fin de la période mérovingienne, Saint Perpète préside aux destinées de la ville. Évêque de Tongres (la réalité de sa fonction serait controversée), il serait né à Dinant où ses reliques furent transportées, en la Collégiale Notre-Dame.

Lorsque l’empire carolingien se disloque, la Francie médiane échoit à Lothaire Ier, fils de Louis le Pieux, dans un accord conclu à Verdun en 843 entre les petits-fils de Charlemagne. La Lotharingie, qui allait des actuels Pays-Bas aux portes de Rome, fut à nouveau morcelée en 855, avant de faire l’objet d’un partage entre l’héritier de la Francie Occidentale, Charles le Chauve, et celui de la Germanie, Louis le Germanique. En 880 enfin, par cette tectonique des territoires, Dinant fut partiellement intégrée à la Germanie, par le biais de l’évêché de Liège.

À cette période, entre 850 et 875, les anciens pagi, divisions administratives carolingiennes, sont modifiées au profit de quelques familles, désormais comtales mais toujours itinérantes et chargées de l’administration du territoire. Il faudra attendre le Xe siècle pour que Namur voie s’installer « son » comte en ses murs, tandis qu’au cours du règne de l'évêque Richer (entre 920 et 945), à Liège, apparaît la première mention de l’épiscopat dans la cité ardente.

Jusqu’au milieu du XIe siècle, par une bizarrerie géopolitique fréquente au cours du haut Moyen Âge, Dinant était pourtant partagée entre l’autorité du comte de Namur et celle du prince-évêque de Liège. En 938, un collège de chanoines soumis à l'autorité de Liège est créé à Dinant, probablement en face d’un pont enjambant la Meuse. Comme à Namur et Huy, un petit chapitre veille au péage de taxes à hauteur d’un pont et d’une église Notre-Dame. Vers 1040, un château épiscopal domine l'actuelle citadelle. En 1070 enfin, par décision de l'empereur germanique Henri IV dont Liège est un territoire vassal, Dinant passe sous contrôle presque total de l'évêque de Liège. De cette nouvelle stabilité naîtra une prospérité économique qui profitera à Dinant. Au cours du XIIIe siècle, l’enceinte englobe désormais tous les noyaux primitifs de la ville, en ce compris l’île des Batteurs, en amont.

Toutefois, sa position en bordure des deux pays ennemis, chacun sur une rive de la Meuse, scellera son destin dans l’opposition constante entre l’Est germanique et l’Ouest latin. En effet, la rive gauche du fleuve est alors en terre namuroise, tandis que la rive droite, qui accueille Dinant, est en terre liégeoise – mais aux confins de celle-ci. Verrou sur la Meuse, la ville est aux premières loges d’un conflit politique qui trouve un prolongement dans la batterie du cuivre et la production de laiton[7] : Bouvignes la namuroise, sur la rive opposée, possède en effet d’importants gisements de derle, la terre blanche utilisée par les dinandiers pour former leur moules. Cette même dinanderie apportera une immense fortune à la ville. Souvent citée comme la plus méridionale des villes de la Hanse teutonique, Dinant n’en fit cependant pas exactement partie. L’axe mosan et les villes liégeoises ont toutefois largement profité des débouchés économiques du bassin de la Mer du Nord ; on en retrouve mention dans un règlement londonien de 1130, qui précisait les modalités commerciales auxquelles les « Lorrains » devaient se plier.

Ces tensions entre Est et Ouest trouveront leur point d’orgue lors du sac de la ville en août 1466. Entre le 18 août et le 25 août 1466, la ville de Dinant subit un siège des armées du duc de Bourgogne Philippe le Bon. Les sources divergent quant aux origines directes du siège : certains affirment que des habitants de Dinant auraient pendu une effigie du comte du Charolais, futur Charles le Téméraire, fils du duc de Bourgogne, devant Bouvignes, d'autres que ce seraient les faits de voisinage entre Dinant et Bouvignes qui auraient dégénéré. En seulement 8 jours la ville tombe ; c'est Charles le Téméraire, comte du Charolais, qui mène les troupes. Philippe le Bon refusant d'entrer dans Dinant, la ville est livrée au pillage et au massacre. Les meneurs sont pendus ou noyés, femmes, enfants, et hommes d’Église exilés ; on fait aussi sortir les reliques du saint local : Saint Perpète. La légende raconte que les bourgeois furent jetés dans la Meuse, liés deux à deux, tandis que la ville fut incendiée et les fortifications démontées. Après la bataille, la ville fut rasée ; les dinandiers survivants furent invités à rejoindre Namur pour y exercer librement leur métier. Cette délocalisation de la dinanderie, dont les fouilles archéologiques récentes ont trouvé l’écho, porta un coup fatal au métier et à la cité médiévale. La ville ne sera réhabilitée qu'avec la mort du successeur du duc : Charles le Téméraire.

Temps Modernes

Occupant une position clé sur la vallée de la Meuse, Dinant vit défiler de nombreuses armées de conquérants. En 1554, ce sont les troupes du roi de France Henri II ; en 1675 et en 1692, celles de Louis XIV. Ce dernier fit d'ailleurs entreprendre de grands travaux de réaménagement et de fortifications de la citadelle par le célèbre Vauban. Cependant dès 1697, à la suite de la signature du Traité de Ryswick, les nouvelles fortifications furent démantelées. Il faudra alors attendre 1817 et l'occupation hollandaise pour qu'un nouveau fort soit construit.

Période contemporaine La tragédie de 1914
 
Une rue en ruines à Dinant, en 1915.

Au début de la Première Guerre mondiale, l'armée allemande, qui combat sur deux fronts, décide de frapper vite et fort, dès le mois d'août. L'invasion de la Belgique et du Grand-duché de Luxembourg n'est qu'une étape dans l'avancée vers la France. C'est durant la bataille que le lieutenant Charles de Gaulle est blessé à la jambe.

Dinant, située sur l'axe principal de l'invasion de l'armée impériale allemande, est parmi les plus durement touchées par les atrocités allemandes. Suspectant de compter dans la population dinantaise des francs-tireurs, les Allemands rassemblent un grand nombre d'habitants qu'ils fusillent à la date du 23 août 1914. On recense 674 hommes, femmes et enfants passés par les armes lors de ce massacre et plus d'un millier d'habitations incendiées.

Les nombreux massacres perpétrés par les Allemands en vue de faciliter leur progression vers la France discréditèrent l'Allemagne et donnèrent l'avantage moral aux Alliés. En effet, le concept de « guerre du droit » joua un rôle central dans l'engagement des États-Unis en 1917.

La commune a été décorée le 22 août 1919 de la croix de guerre 1914-1918[8].

La Seconde Guerre mondiale

Lors de la bataille de France, devant la menace que constitue l'arrivée imminente des Allemands du XV. Armee-Korps d'Hermann Hoth, le pont qui traverse la Meuse en face de la Collégiale Notre-Dame de Dinant saute le 12 mai 1940 peu après 16h[9]. En effet, à la fin de la journée les Allemands de la 7e Panzerdivision d'Erwin Rommel arrivent sur la rive droite de la Meuse au niveau de Dinant. Dès le lendemain à l'aube ils commencent le franchissement du fleuve au nord de la ville, à Leffe et au sud de l'île de Houx[10]. Pendant les combats l'artillerie allemande tire notamment sur la citadelle de Dinant[11]. La rive gauche de Dinant est défendue par le II/77e régiment d'infanterie (capitaine Fillaux) et une majeure partie du I/125e régiment d'infanterie (capitaine Cadieu)[12].

En 1944, la ville fut à nouveau bombardée et en partie incendiée.

Après guerre jusqu'à nos jours

Le 15 juillet 1969, se produisit l'accident de bus de Dinant lorsqu'un autobus néerlandais fit une sortie de route dans la Meuse. 21 personnes y trouvèrent la mort.

Dinan, ville bretonne jumelée, a le même étymon toponymique. Elle semble même avoir été fondée beaucoup plus tardivement par des Brittons, autres descendants de peuples belges émigrés en (Grande-)Bretagne avant de gagner dès le Ve siècle la petite Bretagne armoricaine, c'est-à-dire la région Bretagne actuelle. [Dewez 1985] M. Dewez, « L'art mobilier paléolithique du Trou Magrite dans son contexte stratigraphique », Bulletin de la Société royale belge Anthropologie et Préhistoire, vol. 96, no 1,‎ 1985, l7-133 (lire en ligne [PDF] sur biblio.naturalsciences.be, consulté en juin 2021). [Dupont 1867] Édouard Dupont, « Découverte d'objets gravés et sculptés dans le Trou Magrite à Pont-à-Lesse », Bulletin de l'Académie royale de Belgique, t. 24, 2e série, no 8,‎ 1867, p. 129-132 + 1 pl. (lire en ligne [sur archive.org]). [Jimenez et al. 2016] Elodie-Laure Jimenez, Alison Smolderen, Ivan Jadin et Mietje Germonpré, « Exhumation de la collection faunique d'Édouard Dupont provenant du Trou Magrite (Pont-à-Lesse, Belgique) Quelles données et quelles perspectives pour une collection du XIXe siècle ? », Notae Praehistoricae, no 36,‎ 2016, p. 167-190 (lire en ligne [sur researchgate.net], consulté en juin 2021). ↑ a b et c [Otte & Straus 1995] Marcel Otte et Lawrence Guy Straus (dir.), « Le Trou Magrite : Fouilles 1991–1992. Résurrection d'un site classique en Wallonie », ERAUL (Études et Recherches Archéologiques de l'Université de Liège), no 69,‎ 1995 (présentation en ligne). Cité dans Charles, Hedges & Jadin 2003, p. 81. ↑ a et b [Charles, Hedges & Jadin 2003] (en) Ruth Charles, Robert Hedges et Ivan Jadin, « Aurignacian point, butchery remains and Radiocarbon Accelerator Dates from the Trou Magrite at Pont-à-Lesse (Commune of Dinant, Province of Namur, Belgium) », Anthropologica et Præhistorica, no 114,‎ janvier 2003, p. 81–84 (lire en ligne [sur researchgate.net], consulté en juin 2021), p. 81. David Bourgarit et Nicolas Thomas, « Le laiton produit en masse au Moyen Âge », sur www.larecherche.fr, octobre 2012 (consulté le 6 mars 2016) Communes décorées de la Croix de guerre 1914-1918 Jean-Yves Mary, Le Corridor des Panzers, t. I, Bayeux, Heimdal, 2009, p. 191 André Lépine et Guy Heynen, Mai 1940. Rommel traverse l'Entre-Sambre-et-Meuse, de Dinant à Landrecies, cahier n° 415 du Musée de Cerfontaine, 1988, p. 40, 45 photos & croquis Témoignage de G.Starcke, correspondant de guerre auprès de la 7. Panzer-Division, cité parJean-Yves Mary, Le Corridor des Panzers, t. I, Bayeux, Heimdal, 2009, p. 220 Jean-Yves Mary, Le Corridor des Panzers, t. I, Bayeux, Heimdal, 2009, p. 195
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