Calvi

Calvi

Calvi est une commune française située dans le département de la Haute-Corse et le territoire de la collectivité de Corse. Bâtie dans le golfe du même nom, elle se trouve au nord-ouest de l'île et constitue avec l'Île-Rousse l'une des deux agglomérations majeures de Balagne.

Préhistoire

Les fouilles archéologiques, conduites le long du cordon littoral et dans l’arrière-pays, montrent que la baie fut occupée dès l’époque néolithique (5 000 à 2 500 ans av. J.-C.). Les vestiges découverts indiquent les principales localisations : la plage de l’Alga, Raccu, la presqu’île de la Revellata pour le bord de mer, et plus en retrait, le plateau de la Serra et la Grotta Agnellu, les deux sites les plus importants de la préhistoire de la ville.

Dans son ouvrage La Corse dans l'Antiquité et le Haut Moyen Âge, l'historien Xavier Poli s'est penché sur la période des origines de la Corse à l'expulsion des Sarrasins au XIIe siècle qu'il dit avoir été particulièrement négligée. De l'auteur : « L'État territorial de la Corse ancienne a été constitué par quatre groupes ethniques : les hommes des monuments mégalithiques, les Libyens ou Ibères, les Ligures et les Colons.... Les Ligures se sont introduits en Corse par le nord. Il est à présumer qu'ils ont conquis l'arrondissement de Calvi sur les hommes des dolmens et la partie de la côte orientale, au nord du Fiumorbo, sur les Corsi. »[1]

Antiquité

Avec l’Empire romain, la paix favorise les échanges entre les cités maritimes. Abri pour les flottes marchandes, Calvi devient aussi une base stratégique. La cité compte alors quatorze centuries, divisions militaires et politiques de cent hommes, commandées par des vétérans. L’urbanisation de la ville s’adapte au développement, nécessitant la nomination d’un praeses, autrement dit un préfet, pour son administration. Dès lors, rien de surprenant qu’au IIe siècle de l'ère chrétienne, le géographe alexandrin Ptolémée (90-168) désigne Calvi comme « le port le plus célèbre de l’île ».

Sur ses cartes, le géographe mentionne le nom « Cæsiæ littus », qui est identifié à la plaine du golfe de Calvi par les historiens, et celui de « Cæsiæ » est à identifier avec la plage du golfe de Calvi[2]. De même, le nom « Palania » (variante « Palanta ») aux coordonnées 30° 20' long. 40° 45' lat. est aujourd'hui la Balagne.

Moyen Âge

Du récit de Giovanni della Grossa, on retient cette fiction romanesque[3] : à l'endroit où est aujourd'hui Calvi, existait Cordovella, une ville fortifiée. Y ont débarqué à l'époque des Sarrasins, Ali, un missionnaire de l'islam, et Lanzancissa, un guerrier redoutable, envoyés pour amener les Corses à embrasser la nouvelle religion musulmane. Vainqueur d'un duel contre Maurizio Torquato, représentant de Callisto, évêque d'Aléria, et de Marino consul et gouverneur romain en Corse, et après le départ de ce dernier, Lanzancissa est proclamé roi de Corse, dans une assemblée générale tenue à Corte. « Ali et Lanzancissa [...] convertissent en peu de temps tous les insulaires à la religion de Mahomet. »

Dès 1161, Gênes prend possession de plusieurs places fortes de l'île dont Calvi et Bonifacio, et grâce à des familles ligures installées là depuis le XIIe siècle, contrôle le commerce au moins dans le sud de la Corse et dans le Cap[4].

Au XIIIe siècle, l'ordre franciscain aborde l'île : Bonifacio (1215), Nonza (1236), Biguglia (1236) et sur la punta San Francescu à Calvi (1213-1215)[5],[6].

Au cours de la deuxième moitié du XIIIe siècle, une guerre entre seigneurs amena l'édification de la Haute ville. En 1278, Calvi se confédère avec Gênes. Sa fidélité sera constante. En 1284, par une victoire navale devant l'îlot de la Meloria, les Génois mettent fin à la puissance navale et politique des Pisans. Les uns après les autres, les seigneurs corses rendent foi et hommage à la république de Gênes ; mais en 1297, Boniface VIII met un terme à cet assujettissement en accordant l'investiture de l'île au roi d'Aragon.

Parmi les 26 actes que comporte un Liber Iurium[Note 1], un a été rédigé le 15 juillet 1286 à ce qui est aujourd'hui nommé L'Île-Rousse, par lequel Rollandino de Laccio s'engage auprès de Niccolino Zaccaria et Niccolino Peratio à conserver sa forteresse de Sant' Angelo de Balagne au nom de la Commune de Gênes, et un autre dressé à Gênes le 7 février 1294 par lequel Oberto Doria vend à la Commune de Gênes le château de Calvi[4].

En 1298, la cité est reconstruite par Giovanninello de Loreto[Note 2], allié des Génois.

Plusieurs documents rédigés en 1370 à Calvi (registres de gabelle, contrats de vente de marchandises ou de location de navires à but commercial, plaintes ou autorisations de représailles contre des Corses ayant attaqué et spolié des commerçants) sont retrouvés à l'Archivio di Stato di Genova et publiés par F. Molard en 1875[4].

Après un bref passage sous la domination du roi Alphonse V d'Aragon, qui prend la ville après l'avoir assiégée[7] en 1420[8], Calvi passe en 1453 sous le contrôle de l'Office de Saint Georges qui l'entoure de solides murailles d'une citadelle, notamment pour se protéger d'éventuelles attaques de Pise. Calvi est, avec Bonifacio, Bastia et Ajaccio l'un des 4 "présides"[Note 3] génois chargés de surveiller la population ainsi que les routes maritimes[9].

Du Moyen Âge aux Temps modernes, Calvi a été une ville refuge d'une piaghja (plaine) répulsive au sud, désertée jusqu'au Vicolais[Note 4]. Durant la deuxième moitié du XVe siècle et au cours du XVe siècle les phénomènes de cette désertification sont bien connus : poussées de la malaria, ravages dus aux guerres intestines de caractère féodal ou de celles opposant les derniers grands féodaux à la puissance génoise qui pratiqua la terre brûlée et enfin les invasions barbaresques responsables de pillages, destructions et de l'installation d'un climat d'insécurité dans les zones littorales.

Chronique 1268 : Sinucello Della Rocca, dit « Giudice della Rocca ou de Cinarca », est maître de la Corse (excepté le Cap Corse et Bonifacio) avec l'aide de Pise. Giovanninello de Pietr'Allarretta dans le Nebbio, se révolta contre lui et, avec l'aide de Gênes et de la marine cap-corsine, porta la guerre en Balagna. Après une longue lutte entre les deux adversaires, Giovanninello vaincu dut quitter l'île. Plus tard, ayant fait alliance avec les Da Mare et les Avogarij de Nonza, Giovanninello et ces seigneurs se réunirent et se fortifièrent tous ensemble dans l'île de Centuri, d'où ils tenaient tout le pays sous leur obéissance.Giudice tenta en vain d'investir l'Îlot de Capense. « Giovanninello... laissa l'île de Centuri bien approvisionnée, passa par mer du côté de la Balagne et se fortifia sur la colline où est aujourd'hui Calvi, laquelle était alors sans aucune habitation. »[10]. Il y édifia une citadelle près des ruines de l'antique cité épiscopale romaine ravagée par un raid sarrasin au VIIIe siècle[11]. Banchero, podestat de Bastia au XVIIe siècle, fixe la fondation de Calvi à l'an 1276[10]. Apprenant la nouvelle, Giudice laissant deux cents hommes devant l'île de Centuri, partit avec ses troupes du côté de Calvi. Beaucoup d'escarmouches firent de nombreux morts des deux côtés. Malgré un siège de plusieurs jours, Giudice ne put s'emparer de la ville et repartit à Centuri où les assiégés de Capense avaient réussi à débarquer et étaient partis conquérir le pays. Giovanninello partit également pour aller secourir ses alliés, et Calvi resta ainsi aux Avogarij de Nonza.

« Les Avogarij peuplèrent cet endroit d'hommes venus presque tous des environs, et il resta pendant quelque temps sous leur autorité. Mais avec le temps, les habitants de Calvi se révoltèrent, et il y eut une grande guerre entre eux, qui voulaient affranchir leur pays, et les Avogarij, qui voulaient le reconquérir. À la fin, les Avogarij furent obligés de se retirer honteusement. »

— Abbé Letteron in Calvi - Franchises et immunités accordées à cette ville, p. 486

1278 - 16 mai, un décret des dirigeants Oberto Spinola « Capitaneus » et Oberto d'Oria (ou Doria) « Domini », accorde aux habitants de Calvi les mêmes droits qu'à ceux de Bonifacio, c'est-à-dire qui les exempte du paiement des impôts de toute sorte. 1284 - Par acte rédigé le 2 février, Oberto Doria cédait pour 7 000 livres la ville de Calvi à Bonanato de Facio, représentant de la Commune de Gênes. Giacomo d'Oria, qui avait aussi quelques droits sur Calvi, consentit à la cession faite par Oberto[10]. Craignant que leurs droits ne soient pas reconnus par les employés du fisc, les Calvais envoyèrent à Gênes deux représentants, Pietro de Romanecio et Bertola de Garesio. La confirmation de leurs immunités leur fut accordée le 27 mai 1284. 1357 - Réunion de la Corse à Gênes - Leonardo da Montaldo, diplomate, fut chargé de ramener à la République les communes qui s'étaient séparées d'elle au cours des hostilités avec Venise. En Corse, il procéda discrètement et reçut à Calvi, au nom de la Commune, le serment de fidélité prononcé par les chefs au nom du peuple corse. On envoya alors en Corse des troupes qui occupèrent quelques forteresses.

« Calvi et Bonifacio, dont les populations étaient génoises, s'étaient préparées à la résistance ; cependant les Aragonais entrèrent dans Calvi presque sans coup férir, grâce à la trahison d'un habitant, Giacopo-Pietro da Montelupo qui leur en ouvrit les portes pendant la nuit. La ville ainsi occupée, presque sans protestation de la part de sa population pacifique de pêcheurs et de marchands, le roi distribua aux notables quelques faveurs et partit pour Bonifacio, ne laissant, pour garder la place, que soixante Catalans sous la conduite du capitaine Juan de Liñan. Grave imprudence, car les Calvais, privés de communications avec Gênes, principal débouché de leur commerce, et peut-être incommodés par la présence des soudards catalans, s'avisèrent d'un stratagème pour s'en débarrasser. Un navire chargé de marchandises avait jeté l'ancre au cap Saint'Ambrogio, à quatre milles de Calvi : ils firent miroiter aux yeux des soldats les avantages d'une prise facile, et décidèrent une partie de la garnison à courir sus au butin. Ce piège grossier réussit ; la garde de la citadelle réduite de moitié, ne put résister aux menaces de la population armée contre elle, et le capitaine Liñan s'estima heureux de pouvoir embarquer tous ses hommes à destination de Bonifacio. Ainsi, fait peut-être unique dans l'histoire, la prise d'une ville et sa délivrance s'effectuèrent presque sans effusion de sang. Quant à Montelupo, une délibération des habitants de Calvi réunis dans l'église San-Giovanni le 14 août 1421, le déclara traître à sa patrie, indigne d'habiter, de posséder ou de négocier à Calvi. Ses biens furent confisqués et le prix de leur vente affecté à l'acquisition d'armes, de cuirasses et de munitions pour la défense de la ville. C'est à partir de ce moment, dit-on, que Calvi ajouta en exergue à la croix de Gênes qu'elle portait dans ses armoiries la devise « Civitas Calvi semper fidelis » »[12].

1358 - Avec une révolte populaire dirigée par Sambucucciu d'Alandu qui chasse de leurs fiefs les seigneurs remplacés par des Caporali, naît une Confédération de la Terra del Comune (entre Calvi, Miomo, Solenzara) opposée au Cap Corse et à la Terra dei Signori (Corse-du-Sud). 1372 - Réalisant ses droits sur la Corse, l'Aragon aide Arrigo Della Rocca, descendant de Giudice, comte de Corse. Gênes qui n'a plus que Calvi et Bonifacio, inféode l'île à des gentilshommes génois 1420 - Vers la fin de l'année, le roi Alphonse V d'Aragon arme une flotte importante et se rend en Sardaigne. Accueilli en souverain à Sassari, il fait voile aussitôt pour la Corse, et reçoit à son débarquement les hommages des principaux chefs. Vincentello d'Istria prend Bastia grâce à Manfred de Gentile, seigneur de Nonza, mais échoue à Bonifacio et ne peut conserver longtemps Calvi. 1432 - Le gouvernement génois, par un oubli inexplicable, méconnut les franchises de Calvi. Dans un nouveau tarif réglant les droits à payer pour l'importation des vins, il n'était pas tenu compte des immunités dont les habitants de Calvi avaient joui jusque-là. De plus, la gabelle des vins avait été affermée à la Banque (Office) de Saint Georges aux conditions fixées par le nouveau règlement. Les habitants de Calvi chargèrent alors Santini de Casanova, comme syndic de la Commune, de présenter leurs plaintes au gouvernement génois lequel fit droit à ces plaintes. Toutefois ne seront reconnus comme vins provenant de Calvi que ceux qui seront accompagnés d'un certificat du Podestat et des Anciens. 1453 - Pietro-Battista D'Oria commissaire de l'Office de Saint Georges débarque à Saint-Florent dont il s'empare après un siège. Il prend peu après Calvi et Bonifacio. Antonio Spinola, l'un des meilleurs officiers de la République de Gênes est envoyé par l'Office. Avec l'aide de Vincentello d'Istria, il ravage la campagne, depuis les rives du Golo jusqu'à Calvi, et livre aux flammes plusieurs villages. 1464 - Lorsque la Corse passa sous l'autorité du duc de Milan, la ville de Calvi n'oublia pas de faire confirmer ses franchises par son nouveau maître, Francesco Sforza. 1475 - Les Calvais demandent au Duc de Milan que tous ses officiers puissent contraindre Vincentello de Canari qui occupe la forteresse de l'Argaiola, à restituer à la Commune de Calvi tout ce qu'il lui a enlevé ou fait payer indûment. Il leur est répondu que des instructions nécessaires au vice-gouverneur à Gênes et à Vincentello seront écrites. 1483 - La Corse repassait sous la domination de Saint Georges. En 1484, les Calvais demandèrent aux Protecteurs de confirmer toutes les franchises qui leur avaient été accordées par la Commune de Gènes. Il leur est répondu qu'ils conservent toutes les franchises dont ils jouissaient sous l'ancien gouvernement de Saint Georges. Vers 1520, Calvi était l’une des principales places de Corse. Elle comptait environ 3 500 habitants. La cité fut la résidence du gouverneur génois de Corse de 1544 à 1548[13] puis de 1652 à 1659. 1522 - Les Calvais sont exemptés d'une nouvelle imposition qui sont les droits d'entrée de trois sous par meteta de vin. 1534 - À partir de cette année, la quantité de vin exportée par les habitants de Calvi parait avoir diminué rapidement. Environ cent ans plus tard, Banchero écrivait que les Calvais ne récoltaient plus assez de vin pour eux-mêmes et que la plus grande partie des habitants étaient obligés de boire de l'eau. « Vino anticamente se ne raccoglieya in quantità e bastava non solo per la provisione della terra, ma se ne imbarcava per terra ferma, come si legge nel libro delle immunità dell'Officio di S. Giorgio registrato sotto l'anno 1534; ora non fa vino che basti per il loco, e pure la maggior parte degli abitanti beve acqua per la povertà. - Banchero »

Les Français s'allient aux Turcs et combattent les Génois. L'armée française est sous les ordres du baron de la Garde, et la flotte turque commandée par Dragut. L'Office s'empresse de renforcer les garnisons de Saint-Florent, de Bonifacio et de Calvi, et d'envoyer dans l'île des munitions, de l'artillerie et des vivres.

1544- Calvi accueille le gouverneur génois qui a dû quitter Bastia. La gouverneur retourne à Bastia en 1548. 1553 - Les Génois sont défaits. Calvi seule, résiste encore.

La Banque réunit d'importantes forces : vingt-six galères sont armées, l'empereur fournit 12 000 hommes de pied et 500 cavaliers, le duc de Toscane, Cosme de Médicis, alors allié de Charles-Quint, envoie 3 000 soldats renforcés de 2 000 Milanais. « Le vieil amiral, André Doria, reçut le commandement de toutes ces troupes le 10 novembre 1553. Il fit lever le siège de Calvi, s'empara de Bastia et vint bloquer Saint-Florent que défendait le mestre de camp Giordan Orsini (Jourdan des Ursins). » - Colonna De Cesari-Rocca[12].

La trêve de Vaucelles n'empêche pas les Génois d'occuper temporairement certains points stratégiques.

1558 - Gênes n'a plus que Bastia et Calvi. 1559 - Le traité de Cateau-Cambrésis rend la Corse à Gênes alliée de Charles Quint. 1561 - Les vieilles franchises de Calvi sont ouvertement méconnues ; les promesses que les Protecteurs de Saint Georges firent à ses habitants ne furent pas tenues davantage. Néanmoins, la fidélité des Calvais ne s'est jamais démentie, et en 1652 la République de Gênes, pour reconnaître leur dévouement, les autorisait à mettre au-dessus de la porte de leur ville une pierre avec cette inscription : CIVITAS CALVI SEMPER FIDELIS[10]. 1567 - La rocca, c'est-à-dire la tour de Calvi, qui servait de poudrière, est frappée par la foudre. Le feu est mis aux munitions. Il s'ensuit une grande explosion, la tour est rasée jusqu'en ses fondements et trente-cinq maisons du voisinage sont ruinées. 132 personnes sont tuées[14].1652-
 
Le golfe de Calvi au XVIIIe siècle

Au XVIIIe siècle, la cité abritée derrière ses remparts, était défendue par trois fortifications disposées autour de la baie[15] : - la tour de Spano, tour ronde de guet placée à l'est de la baie de Calvi ; - un peu plus au sud, le fortin de Caldanu[Note 5],[16] tour carrée ruinée ;- une tour de garde côtière disparue, au fond de la baie, à Champeau, qui devait se situer près de l'embouchure du fiume Seccu[17].

1652 - Le gouverneur génois de la Corse s'installe une seconde fois à Calvi avant de rejoindre Bastia en 1659.Temps modernes

Calvi, l’une des principales places de Corse au début du XVIe siècle, a été la résidence du gouverneur génois de 1544 à 1548 et plus tard, de 1652 à 1659[18].

Au milieu du XVIe siècle, d'importants travaux sont réalisés à la citadelle sous la conduite de Gieronimo Levento.

Au XVIe siècle, après la mort de Rinuccio Della Rocca, dernier seigneur souverain de la Rocca, toute l'île passe sous le pouvoir direct de Gênes et son administration. La justice est rendue par le gouverneur et par d'autres fonctionnaires, au nombre variable suivant les époques, portant le titre de commissaire ou de lieutenant. Dans une certaine mesure, les Calvais pouvaient concourir à l'administration de la justice : « le commissaire que la République envoyait à Calvi était assisté, en matière civile, de trois « consuls » tirés au sort périodiquement (tous les six mois, puis tous les trois mois) dans une liste — un bussolo — de trente-six membres élus par les Calvais eux-mêmes. Le tribunal n'était composé de la sorte que pour les procès entre Calvais, et même les consuls jugeaient seuls et sans l'assistance du commissaire les procès champêtres ; pour les causes dans lesquelles intervenaient des gens étrangers à Calvi, le commissaire jugeait seul » - Colonna De Cesari-Rocca[19].

La ville est assiégée en 1553, puis en 1555, de Thermes manœuvre pour que les Calvais livrent leur ville aux Français. La colline Mozzelo qui domine la forteresse de Calvi[20], est occupée par le condottiere Sampiero Corso avec une foule de Corses qui l'avaient suivi[21]. Les assiégeants finissent par lever le siège[22].

Pour marquer la fidélité de la ville, les Génois lui attribuent alors la devise « Civitas Calvi Semper Fidelis » qui figure sur le fronton d'entrée de la citadelle.

Le 21 mai 1730, au début de la Grande Révolte des Corses contre Gênes[23] qui dura de 1729 à 1769 et dont la cause majeure était l'augmentation constante des impositions au gré des officiers et fonctionnaires génois successifs, le gouverneur Felice Pinelli dans sa première année de son mandat, visite Calvi. En 1731, Mgr Giustiniani, évêque de Sagone se réfugie à Calvi. Début juin 1731, Calvi est assiégée par des forces corses conduites le piuvanu d'Apieto Fabianu Paganelli.

Janvier 1732, le colonel de Vins, à la tête de nouvelles troupes allemandes venues remplacer celles commandées par le baron de Wachtendonck, débarque à Calvi venant de Bastia avec 600 soldats d'élite. De Vins, qui tente d'occuper Calenzana, village voisin, y subit une lourde défaite le 14 janvier. Le 7 avril 1732, à la suite d'un accord entre Vienne et Gênes pour l'envoi de nouvelles troupes en Corse, le prince de Wurtemberg arrive à Calvi. Les forces allemandes dans l'île, en tout 11 000 hommes, seront placées sous son commandement, assisté du prince de Kulmbach, général de bataille, et du comte de Schmettau, général d'artillerie. Le 17 avril, il publiera un édit à Calvi, accordant cinq jours aux Corses pour rentrer dans l'obéissance de la République.

En octobre 1737, Calvi, Lumio, Calenzana et Algajola sont aux mains des Génois, le reste de la Balagne aux Nationaux. Calvi servira de camp de base aux troupes françaises envoyées aider Gênes et rétablir une situation préoccupante, avec promesse de laisser six bataillons en Corse, à condition qu'ils soient installés dans une place sûre comme Calvi ou Ajaccio. Gênes n'accepta pas de confier des places fortes aux Français. Le 6 septembre 1741 les dernières troupes françaises quittent Calvi pour Antibes.

En 1738, le comte de Maillebois qui succède à M. de Boissieux (Louis de Frétat, comte de Boissieux) à la tête des troupes françaises de Corse, se hâte de proclamer que la pacification était achevée. Il leva un régiment spécialement composé d'insulaires, auquel on donna le nom de Royal-Corse. Il s'enferma dans Calvi, et admira la fertilité et l'heureuse situation de la Balagne voisine.

En 1756 les génois construisent, sur la colline dominant la ville et la citadelle, le fort Mozzelo (actuelle caserne Maillebois[24]). Le traité de Compiègne signé avec Gênes autorise la France à occuper Calvi, Ajaccio et Saint-Florent durant 4 ans.

À la suite du second traité de Compiègne en 1764, la France occupe durant 4 ans, en plus des 3 villes précédentes : Bastia, Algajola et Bonifacio.

En 1768, le traité de Versailles confie l'administration de la Corse à la France. Vers 1769, le Préside de Calvi et son bourg ne comptait plus que 1 062 habitants[25].

En 1794 Pascal Paoli, allié des Anglais, tente de prendre la ville. Dans la nuit du 13 au 14 juillet, lors du siège de Calvi mené par l'amiral Nelson, le fort Mozzelo est pris par les Anglais. De cette colline, un déluge de 8 500 boulets s’abat sur la ville !

En 1815 plusieurs prélats sont enfermés dans la citadelle de Calvi, et pendant plusieurs mois, mis au pain et à l'eau, pour refus de serment[26].

 
Gravure de Calvi en 1838.

Entre 1843 et 1845, le capitaine du Génie Esmenard bâtit le fort de la Torretta proche du fort Mozzelo et au nord-ouest de celui-ci. Il est baptisé fort Charlet au XIXe siècle[27].

Laurent Giubega, parrain de Napoléon, se réfugia ainsi à Calvi, alors que la ville s'était faite fidèle aux Français, pendant deux mois de mai à juin 1793 car il avait été chassé d'Ajaccio par les Paolistes. Calvi résista à un siège de deux mois contre Pascal Paoli et ses alliés Anglais en 1794. Le capitaine de vaisseau Horacio Nelson[28] y perdit un œil lors de ce siège de la citadelle de Calvi. Pour plus de détails, voir le siège de Calvi (1794). Après avoir résisté aux Anglais, Calvi passa quand même sous tutelle britannique pendant deux ans. Redevenue française, Calvi restera une forteresse militaire de 1938 à la libération.

Époque contemporaine
 
Fort Mozzelo.

Dans la nuit du 15 au 16 août 1918, au large de Calvi, le vapeur Balkan, courrier de Corse, est torpillé, causant la mort et la disparition d'environ 400 civils et militaires. Un mémorial a été érigé le 11 novembre 1999 sur la Route de Porto (D 81 b), à la sortie de la ville.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Calvi fut un lieu important de la résistance corse à l'occupant fasciste. Les premiers agents (Toussaint Griffi et Laurent Preziosi) de la mission secrète Pearl Harbour, débarqués par le sous-marin Casabianca le 14 décembre avec Pierre Griffi et Roger de Saule, dans la région de Piana, prennent contact avec les premiers responsables calvais, les frères Dominique et Roch Spinosi. Ceux-ci approuvent l'organisation du réseau de résistance corse en vue d'un débarquement français. Ils prennent en charge les agents pendant une semaine et leur permettent d'obtenir les renseignements les plus précieux. Ils seront ainsi chargés de l'organisation clandestine dans leur secteur et assumeront cette responsabilité jusqu'à l'insurrection armée et la libération totale de la Corse le 4 octobre 1943. La Corse fut le premier département français libéré. Le port de Calvi fut utilisé lors du débarquement en Provence, le 15 août 1944.

La municipalité revendique la naissance de Christophe Colomb à Calvi. Des panneaux le signalent à chaque entrée de la ville. Une stèle a été érigée à la base des remparts de la citadelle. Aucun élément historique ne vient cependant confirmer cette hypothèse très controversée.

Depuis 1967, la ville accueille en garnison le 2e régiment étranger de parachutistes et, depuis 2010, le groupement de soutien de la base de défense de Calvi.

Face à la citadelle sont d'autres fortifications :

le fort Mozzelo et ses dépendances, construit en 1756 et désaffecté depuis longtemps. Il a été acquis en 2007 par la municipalité. Actuellement, le Centre d'ethnographie et de recherche métallurgique (CERM) s'est installé dans ses locaux ; le fort Charlet abrite depuis la fin de l'année 2013, le Centre de conservation préventive des objets mobiliers de Corse. Au cours du temps, il avait eu diverses affectations ; dernièrement, il accueillait les services techniques de la mairie.
Xavier Poli, La Corse dans l'Antiquité et le Haut Moyen Âge, Librairie A. Fontemoing, Paris 1907, p. 133 Xavier Poli, La Corse dans l'Antiquité et le Haut Moyen Âge, Librairie A. Fontemoing, Paris 1907, p. 119 Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Letteron ↑ a b et c Daniel Istria - Pouvoirs et fortifications dans le nord de la Corse : du XIe siècle au XIVe siècle [1] - Atlas ethno-historique de la Corse - la cartographie comme moyen d'expression de la variation culturelle - Rapport final à la mission du patrimoine ethnologique - mars 1998 p. 27. René Massoni, Christophe Colomb : Calvais, Corse, Génois, Nouvelles Editions Latines, 1992 (ISBN 978-2-7233-0451-1, lire en ligne). Calvi, est prise après une longue résistance, mais l’année suivante, apprenant l’échec des aragonais devant Bonifacio, les calvais se révoltent et massacrent la garnison espagnole. Pietro Baglionii qui a pris la tête du soulèvement, gagne à cette occasion le surnom de « libertà » (it) Maria Giuseppina Meloni, La corona catalanoaragonesa i el seu entorn mediterrani a la baixa edat mitjana, CSIC, 2005 (ISBN 84-00-08330-X, lire en ligne), « Ufficiale della Corona d'Aragona in Corsica », p. 176. « Bastia, dernier bastion génois », sur www.historia.fr (consulté le 9 avril 2022) ↑ a b c et d Abbé Letteron in Bulletin de la Société des Sciences historiques et naturelles de la Corse 1884 - Calvi - Franchises et immunités accordées à cette ville Alérius Tardy in Fascinant Cap Corse, Bastia-Toga 1994 ↑ a et b Colonna de Cesari-Rocca et Louis Villat in Histoire de Corse Ancienne librairie Furne Boivin & Cie, Éditeurs 5, rue Palatine Paris VIe 1916 A-D Monti in Corse : Éléments pour un dictionnaire des noms propres ADECEC Cervione […]|Abbé Letteron in Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de la Corse, Histoire de la Corse Tome III, Chronique d'Anton Pietro Filippini, 1890 - page 215 carte de la ville et rade de Calvi (Fortifications - XVIIe siècle) dessinée par Henry Michelot (BNF 40500597). (BNF 40591066). En dehors de ces deux périodes, le gouverneur siégeait à Bastia. Colonna De Cesari-Rocca et Louis Villat in Histoire de Corse Ancienne librairie Furne Boivin & Cie, Éditeurs 5, rue Palatine Paris VIe 1916 (lire en ligne). Le prince Andrea Doria l'avait faite fortifier et y avait installé une compagnie d'Italiens qui formait sa garde particulière. Marc' Antonio Ceccaldi in Chronique, traduction de Lucien Auguste Letteron in Histoire de la Corse, Bulletin de la Société des sciences historiques & naturelles de la Corse - Introduction - Notice sur Giovanni della Grossa - Tome II, p. 55-56. Les calvais firent le tour des remparts en procession, en dressant la statue du Christ noir face à l’ennemi. Le siège fut levé peu après. La Grande Révolte des Corses contre Gênes En 1886, un décret du ministre de la guerre, le général Boulanger, demande d'attribuer un nom de militaire à chaque fort et caserne ; c'est celui de l'amiral Maillebois qui est retenu pour le fort Mozzelo). Francesco-Maria ACCINELLI in L’histoire de la Corse vue par un Génois du XVIIIe siècle - Transcription d’un manuscrit de Gênes - ADECEC Cervioni et l’Association FRANCISCORSA Bastia 1974 Antoine-Claude Valery, in Voyage en Corse, à l'Île d'Elbe et en Sardaigne - Versailles, imprimerie de Dufaure, 21 rue de la Paroisse, tome I chapitre XV, note de bas de p. 15. À la suite du décret Boulanger de 1886. Nelson sera promu contre-amiral en février 1797 et vice-amiral en janvier 1801.


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